Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 24.1868

Page: 496
DOI article: DOI Page: Citation link: 
https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/gba1868_1/0511
License: Public Domain Mark Use / Order
0.5
1 cm
facsimile
EXPOSITION

DE LA

SOCIETE DES AMIS DES ARTS

DE BORDEAUX

Bordeaux, 20 avril.

a mort d'Adrien Dauzats a été une perte cruelle pour la Société des
Amis des Arts de Bordeaux. Sa prudence, son ordre et son activité,
sa finesse toute méridionale et ses belles relations dans le monde offi-
ciel et dans le monde artiste, Dauzats mettait tout cela, pendant le
courant de l'année et surtout aux approches des expositions, à la
disposition de la Société de sa ville natale. Il avait été, avec T.B. Scott
et M. Charroppin, un des réorganisateurs de cette Société aujourd'hui si brillante. Il
était-à Paris un de ses trois membres correspondants officiels, avec M. Diaz et Mlle Rosa
Bonheur.

La Société', à laquelle il a prêté un concours si intelligent et si dévoué, doit sans
nul doute à Dauzats ce qu'elle accorde en ce moment, à moins juste titre, à Brascassat:
c'est-à-dire l'exécution de son buste par l'un des sculpteurs qui l'ont connu inti-
mement, par M. Carrier, par exemple, qui, si j'ai bonne mémoire, a déjà fait son
médaillon d'après nature pour le directeur des eaux minérales de Vichy. Brascassat,
qui vendait ses produits fort cher, se refusa constamment à envoyer aux expositions
de Bordeaux. J'ai moi-même fait, il y a trois ans, une tentative directe auprès de lui,
et il me donna clairement à entendre qu'il voulait être assuré que l'œuvre envoyée par
lui resterait au musée de Bordeaux. Dauzats, au contraire, déclinait presque l'honneur
des acquisitions, et il usait de toute son influence auprès des camarades arrivés et
riches pour qu'ils ne cessassent point de rehausser l'importance des expositions par
l'envoi d'oeuvres qui, par leur prix élevé, n'avaient guère de chances d'être acquises
ni par la municipalité, ni par la Société, ni par les amateurs.

Dauzats est mort pour ainsi dire le pinceau à la main. Il était, depuis plusieurs
années, très-fatigué par un asthme qui lui laissait peu de repos et qui avait redoublé
de violence à la suite des fatigues causées par sa participation au jury de l'Exposition
universelle. Il excellait dans ces fonctions qui exigent beaucoup de dévouement, de
régularité, de sagacité, et la place qu'il laisse vide à Paris, pour ces fonctions toutes gra-
tuites de juré, d'expert, dans les affaires litigieuses, de conciliateur entre les artistes
et les gens du monde, ne sera pas non plus facilement remplie. Il espérait la croix d'of-
ficier de la Légion d'honneur. Il eût pu, par ses relations, la solliciter directement,
mais sa loyauté y répugnait, et il comptait, pour la conquérir, sur un grand tableau qui
figure ici inachevé et auquel il ne manque que bien peu de chose pour être terminé.

i
loading ...