Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 24.1868

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GALERIE SAN DONATO.

Rubens et Rembrandt, se retrouvent ici avec des œuvres dignes de leur nom. Rubens
y montre une Pielà célèbre sous la dénomination du Christ à la paille. Si d'autres
artistes ont su mieux que lui interpréter la poésie du christianisme et faire sentir,
jusque dans la mort, la divinité de l'Homme-Dieu qui ressuscita après trois jours,
en face de la Pielà de San Donato on reconnaîtra que jamais pinceau n'a tracé avec
une réalité plus effrayante l'altération produite par la mort sur le masque humain, n'a
accumulé plus de sanglots étouffés dans une gorge féminine, et n'a mieux exprimé la
douleur poignante d'une mère soutenant sur ses genoux le cadavre de son fils tout
ruisselant d'un sang qui coule à flots de larges blessures. Mais ce tableau émouvant
par le sujet, par l'accentuation des caractères cadavériques et par la force du sentiment
rendu, est une exception au milieu de toutes les autres toiles choisies avec une atten-
tion toute particulière pour embellir une résidence somptueuse. De Rembrandt on
admirera deux portraits fort différents : l'un, œuvre de sa jeunesse, est celui d'une
jeune fille blonde, remarquable par la fraîcheur et la fermeté de ses carnations, par le
brillant de ses yeux tout grands ouverts à une lumière qui met si bien en relief sa
riche santé; l'autre, exécuté en <1649, représente une vieille femme très-ravagée par le
temps. Son regard intelligent est vif encore, mais ses orbites creusées, ses paupières
plissées par l'âge, voilent en partie ses prunelles. Dans ce portrait on a cru retrouver
l'image d'une mère que Rembrandt s'est plu souvent à peindre, et, à première vue,
cette supposition présentait une certaine vraisemblance. Le soin extrême que le maître
a apporté dans la reproduction des moindres rides du visage et des mains, une
certaine ressemblance avec les portraits connus de la mère de Rembrandt, pou-
vaient le faire croire; mais l'âge de la personne, quatre-vingt-sept ans, écrit sur le fond,
rend cette supposition peu probable, puisqu'il faudrait admettre que la mère de Rem-
brandt aurait eu cinquante ans quand il vint au monde. Qu'importe d'ailleurs? ce por-
trait est un chef-d'œuvre par sa double expression de bonhomie et de finesse, par l'éclat
de sa lumière empruntée à un rayon de soleil qui met en valeur le visage qu'entourent
d'une blanche auréole la coiffe et la collerette, et c'est là tout ce qu'il nous faut savoir.

Après ces deux maîtres illustres, il convient de placer immédiatement Terburg, si
noblement représenté ici par la Paix de Munster. Tout le monde connaît, par l'admi-
rable gravure de Suyderhœf, cette composition célèbre, qui représente la paix
particulière passée le 30 janvier 1648 entre les Provinces-Unies et le roi d'Espagne.
En -1837, dit M. Charles Rlanc i, le tableau de Terburg figurait à la vente de la du-
chesse de Berri, où tout Paris l'alla voir à l'exposition qui précéda la vente. Il nous
souvient de l'avoir admiré avec l'enthousiasme de la jeunesse. Bien que les figures,
les principales du moins, y soient des portraits fidèlement peints d'après nature, il est
impossible de s'apercevoir qu'elles ont posé devant le peintre, tant chacune d'elles est
tout entière à la solennité de l'acte qui s'accomplit. Les diverses nuances de la dignité
y sont observées très-finement; la dévotion espagnole et la gravité protestante s'y recon-
naissent au premier coup d'oeil. Le peintre n'a fait du reste autre chose que suivre à la
lettre le procès-verbal de cette cérémonie mémorable, où furent consacrées les plus
chères prétentions de la Hollande; il a reproduit scrupuleusement tous les détails, les
deux doigts levés en signe d'adhésion, l'évangile ouvert, sans parler de la physionomie
et du costume de chacun des personnages, lesquels sont peints ad vivum. Pour éviter
la monotonie d'une ligne horizontale et interrompre le parallélisme des figures, Terburg

1. Histoire des peintres, par M. Charles Blanc. Renouard, éditeur.
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