Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 16.1877

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

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des fonctions de l’homme de loi. Le profil vigoureux de Mirabeau, type
d’éloquence et de passion, fait équilibre à la tête loyale de Malesherbes.
Monge est à la gauche de Mirabeau. 11 porte dans le regard une expres-
sion de volonté que le maître a également gravée sur les lèvres de Féne-
lon qui le suit. Manuel, que son expulsion de la Chambre a fait populaire,
rappelle l’opposition libérale qui a préparé 1830. Carnot, « l’organisateur
de la victoire », énergique et réfléchi; Ber Lhollet, le chimiste; Laplace,
l’astronome, forment un nouveau groupe. Le peintre Louis David, Cuvier,
le naturaliste, et le général La Fayette, tous deux encore vivants, sont
debout, tandis que Voltaire et Rousseau, depuis longtemps au Panthéon,
sont assis et tiennent à la main leurs couronnes. Voltaire, la tète tour-
née vers le centre du bas-relief, jette un regard incisif sur la scène qui
se déroule; Rousseau contemple avec une expression de morne rêverie
Bichat étendu à ses pieds. Celui-ci dépose d’une main défaillante, sur
l’autel de la Patrie, son beau livre la Vie et la Mort. A la suite de
Bichat, les élèves des Facultés occupent l’extrémité du Fronton ; ceux de
l’École polytechnique seront groupés dans l’angle opposé.

Aux hommes de pensée succèdent les hommes d’action; mais de tous
les personnages représentés sur la seconde moitié du Fronton, deux
seulement peuvent être nommés : le général Bonaparte et le tambour
d’Arcole, André Etienne. David a voulu opposer aux illustrations de la
science ou des lettres ces héros sans nom, sortis des rangs populaires,
et dont la bravoure est le patrimoine de l’armée. L’armée, mais n’est-ce
pas le peuple? n’est-ce pas la nation? L’artiste a donc personnifié la
valeur militaire dans un soldat de chaque arme : un canonnier, un dra-
gon, un lancier polonais, un hussard, un marin de la garde, un cuiras-
sier et un grenadier de la trente-deuxième demi-brigade forment le
groupe d’élite, aux personnages innommés, dont le maître saura faire
le symbole de l’armée française.

Superbe de mouvement, le jeune général s’élance vers la Patrie avec
une audace mêlée de grandeur. 11 tient le Gode dans sa main; ses formes
sveltes, presque grêles, contrastent ainsi que sa taille avec celle des
rudes soldats qui l’entourent. Modelé avec largeur, le masque de Bona-
parte est resté classique. Personne mieux que David n’a sculpté la tête
du hardi capitaine dans des conditions justes de ressemblance et d’idéa-
lité. Le statuaire n’a pas été moins habile dans l’interprétation du cos-
tume. La sobriété des détails n’exclut pas ici l’élégance, et, à défaut
d’autre indice, la tunique, dont l’étoffe plie sans cassure, selon les in-
flexions du corps, désignerait le général. L’uniforme de ses soldatsest
d’un drap moins souple et. moins riche.
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