Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 17.1878

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EUGÈNE FROMENTIN. 403

et je suis passé à deux heures de galop du tombeau numide de Syphax
sans me détourner de mon chemin. — Tout est dans tout. Pourquoi le
résumé des pays algériens ne tiendrait-il pas dans le petit espace encadré
par ma fenêtre, et ne puis-je espérer voir le peuple arabe défiler sous mes
yeux par la grande route ou dans les prairies qui bordent mon jardin ? »

Oui, Fromentin aimait passionnément son chez lui, la vie de famille
et de foyer, la vie que réclame un labeur calme, régulier, constant,
acharné; c'est-à-dire qu'il aimait par-dessus tout son art, qu'il s'y
donnait avec la plus singulière conscience, tout entier et toujours.
Donc, sauf ses pointes en Algérie, qui était, comme il le dit, sa terre
d'adoption, sauf un court séjour à Saint-Raphaël, une tournée à Venise
et en Hollande, sa vie s'est écoulée entre son atelier de Paris et celui
de Saint-Maurice. Sa vie est dans son œuvre, et elle s'est consumée
dans la fièvre d'un travail trop souvent excessif et d'une production
incessante. Par suite, nous n'aurons guère, sur ce point, qu'à répéter
ce que nous avons écrit dans la notice du catalogue de son exposition
posthume, ayant dit alors à peu près tout ce qu'il y avait à dire.

Eugène Fromentin était né à la Rochelle le 1h octobre 18*20, et
non pas en décembre comme l'écrit d'une façon erronée le dictionnaire
de M. Vapereau. C'est dans cette ville qu'il a fait ses études après avoir
passé le meilleur temps de son enfance dans un petit village des envi-
rons, appelé Saint-Maurice, où sa famille possédait une importante pro-
priété, moitié ferme, moitié maison »de campagne. Eugène Fromentin
était et est resté un Rochelais pur sang. Il a toujours vécu de cœur et de
pensée dans sa chère ville, qui, par son aspect, par celui de ses alen-
tours, même par ses traditions commerciales et religieuses, souvent
aussi par la couleur de son ciel gris, est une ville pseudo-hollandaise.
A bien prendre les qualités matérielles de sa peinture, Fromentin n'est-il
pas, en effet, un peu Hollandais? Si l'écrivain, en lui, reste exclusive-
ment français, le peintre n'a-t-il pas une tendresse particulière pour l'art
de la Hollande ? Même en Algérie et dans quelques-unes de ses œuvres
les plus .fines, ne voit-il pas volontiers le soleil à travers les brumes
légères de son pays natal ?

Ses études au collège furent très-brillantes ; il manifesta de bonne
heure de rares aptitudes littéraires. Son grand-père avait été avocat
au Parlement; quant à son père, médecin de talent, il dirigeait un
grand établissement d'aliénés à la Rochelle. Quoique ce dernier s'occu-
pât lui-même de peinture, ayant autrefois suivi, pendant sa vie d'étudiant
à Paris, l'atelier de Rertin et fréquenté en dilettante ceux de Gros et de
Gérard, c'était dans le fond un homme positif, une nature disci-
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