Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 31.1885

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L’ENLÈVEMENT DE PSYCHÉ.

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inspirés à M. B au dry les amours de Psyché et d’Eros soient ainsi
dispersés loin les uns des autres : les Noces en Amérique chez M. Van
der Bilt, Y Enlèvement à Chantilly, des scènes diverses à l’hôtel Païva
et je ne sais où le couple délicieux dont M. Guillaume Guizot a parlé
si bien à nos lecteurs. Il serait facile de trouver quelques rapproche-
ments entre Raphaël et M. Baudry, mais pas à propos de Psyché.
M. Baudry n’a pas rencontré un Chigi et on ne lui a pas bâti de
Farnésine. Plaignons-nous au point de vue de l’avenir, mais réjouis-
sons-nous, pauvres amateurs contemporains, d’avoir notre part du
régal. Nous quittons nos rues boueuses, notre ciel gris, et quand nous
avons gravi quelques marches, soulevé un pan de draperie, quel coup
de théâtre! Nous sommes en face d’un coin de ciel bleu marbré de
nuages rosés, devant des dieux qui s’envolent. Tout est à souhait :
des fauteuils pour s’asseoir, un tapis pour s’agenouiller suivant que
notre admiration est béate ou respectueuse. Rien n’est là pour trou-
bler. L’auteur est loin. On n’a point à se préoccuper de lui tourner
un compliment, et lui, heureux absent, ne cherche pas de formules
de remerciements. Ce qu’on n’est pas contraint de dire, rien ne
nous empêche de l’écrire; et cependant comment espérer donner
avec de l’encre et du papier une idée de ce qui nous a ravi? La
gravure voisine s’acquittera mieux de la tâche; mais rendra-t-elle le
moins du monde l’impression de cette atmosphère dorée par un
petit reflet de l’aurore qui enveloppe les personnages, l’azur et les
nuages? La couleur, tout harmonieuse et discrète qu’elle est, saute
aux yeux. Elle les prend, les charme, et, grâce à ce premier regard
jeté, on est dans un autre monde. En effet voici un génie terrestre,
petit enfant ailé, dont on ne voit que le haut du corps. Les
regards levés, les bras étendus, il dit adieu à Psyché. Nous ne la
reverrons plus. Comment échapperait-elle à son solide conduc-
teur? C’est Mercure lui-même qui vole en nous tournant le dos. On
devine à l’effort de ses muscles qu’il tient haut et ferme son précieux
fardeau. Il est impossible de dessiner plus largement que l’a fait
M. Baudry le dos, les bras et les jambes. Les plantes de pied qui sont
la partie la plus rapprochée du spectateur sont de vrais chefs-
d’œuvre. Ces pieds provoqueront peut-être le même enthousiasme
que ceux qu’Albert Durer avait peints dans son Tableau d’autel cle
Iieller. Notre ami et collaborateur M. Charles Ephrussi, dans le beau
livre qu’il a consacré au Maitre de Nuremberg, raconte qu’un Italien
aussi enthousiaste que barbare avait offert cent couronnes pour obte-
nir le droit de découper dans le tableau les pieds de cet apôtre. Ceux
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