Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 31.1885

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CORRESPONDANCE D’ANGLETERRE

n a récemment exposé au public, dans les salons de la Fine
Arts Society, un tableau autour duquel il s’est fait depuis
longtemps un certain bruit. C’est une toile d’assez grandes
dimensions intitulée le Triomphe des Innocents, par W. Hol-
man Hunt. M. Hunt fut, il y a quelque trente ans, un des
membres fondateurs delà Fraternité pré-raphaëlite, si vive-
ment attaquée à cette époque, et si passionnément défendue
par le célèbre écrivain Ruskin, dans son pamphet Pré-
raphaëlitism. Les autres membres principaux étaient : W. E. Millais et Dante Gabriel
Rossetti, qui tous les deux subirent dans la suite une entière métamorphose de style.
Seul M. Holman Hunt est resté fidèle à ses principes et, aujourd’hui, il nous mon-
tre une œuvre qui en est le produit logique et que ses admirateurs considèrent comme
son chef-d’œuvre. Chose curieuse, M. Ruskin, qui protégea avec tant d'enthousiasme
les premiers pas de l’artiste, lui prête encore aujourd’hui son appui resté puissant;
car malgré les excentricités, les contradictions, les paradoxes auxquels il s’est
livré dans ces derniers temps, son influence est encore vivante en Angleterre, où
l’opinion publique constitue en inamovibles ceux qui ont su une fois conquérir, à
force de talent, une position prépondérante. M. Ruskin, dans un discours pro-
noncé récemment à Oxford, où il tient la chaire des beaux-arts, a prétendu recon-
naître dans ce même Triomphe des Innocents, — alors inachevé, — l’œuvre capi-
tale de l’art religieux de l’époque actuelle.

Le peintre nous montre un paysage de la Palestine, rendu avec beaucoup
d’exactitude, qu’illumine un beau clair de lune, assez vif pour nous permettre de
bien distinguer les personnages et même les lointains. Au premier plan s’avance
la sainte Vierge, assise sur un âne et portant l’Enfant divin, et devant elle che-
mine saint Joseph portant sur son dos les outils de sa profession. Tout ceci, c’est-
à-dire la partie réelle du sujet, est teinté par la lumière blafarde de la lune et des
étoiles, que le peintre a rendue avec des tons trop verdâtres et trop peu trans-
parents. Entourant le groupe divin, et divisée elle-même en trois groupes séparés,
on voit la foule des Innocents martyrisés par ordre d’Hérode, illuminés par une lueur
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