Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 31.1885

Page: 425
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LES ARTISTES BELGES

XAVIER MELLERY

— Tenez, me disait un jour chez lui Xavier Mellery, en fixant
ses larges prunelles sur un point de l’atelier, c’est beau comme
un portrait.

En même temps son geste me désignait un vulgaire poêle de fonte
appliqué contre le mur, un plat de vieille faïence pendu à un clou
près d’une horloge hollandaise, un fragment de copie de maître italien
tendue sur son châssis. Puis il développa sa théorie du tableau : toute
chose a une physionomie soit par elle-même, soit par le milieu dans
lequel elle se trouve placée; cette physionomie se révèle à qui sait
voir; l’art consiste à en dégager, jusqu'à l’intensité, l’expression
cachée. Et constamment il revenait à l’idée qu’il n’y a pas de degrés
dans la beauté, que la plus grande somme d’art est dans la plus
grande somme de vérité et que les objets inanimés possèdent, comme
les personnes, une vie mystérieuse. Un silence tombait des hauts
plafonds sur les chevalets, les palettes et les portefeuilles parmi
lesquels sa maigre silhouette se démenait avec des gestes enflammés.

Tel je le vis alors, tel il n’a cessé de m’apparaître dans son art.
L’acuité de sa vision communique une palpitation aux réalités muettes :
à force de tendre son esprit sur les choses, il finit par y percevoir des
splendeurs ignorées; c’est comme l’éveil d’une âme que sa volonté
attirerait des sommeils de la matière. L’humanité laisse, d’ailleurs,
à tout ce qu’elle approche un vague magnétisme; un ustensile souvent
— 2e PÉRIODE. 54

XXXI.
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