Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 31.1885

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

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homme de bon conseil, avec lord Richard Weston, grand trésorier,
et avec sir Francis Cottington, chancelier de l’Echiquier. Ce dernier
n’était pas un personnage sans importance. Il connaissait l’Espagne,
car il avait été du voyage de 1623 avec le prince de Galles et
Buckingham, et c’est de lui qu’on a dit : He was a perfect master of
dissimulation. A ce trio de politiques, habiles dans l’art de se taire,
Rubens aurait désiré que le roi adjoignit le comte de Carlisle, qu’il
savait sympathique à la cour de Madrid ; mais on lui fit observer que
Carlisle avait un défaut capital : il aimait sa femme, et, dans les
confidences de l’alcôve, il lui racontait non seulement ses affaires,
mais celles des autres. L’intervention de ce diplomate causeur fut
écartée : Rubens le regretta, car il était d'accord avec le comte de
Carlisle qui, pendant le séjour du peintre en Angleterre, donna en
son honneur une fête superbe.

Dès le premier entretien avec les négociateurs désignés, Rubens
put comprendre qu’il y avait des difficultés dans l’air. Il jugea tout
d’abord la situation. Il arrivait à Londres le 5 juin 1629, c’est-à-dire
cinq semaines après que Charles Ier, excédé des lenteurs de Philippe IY,
avait conclu la paix avec la France (24 avril). La lutte continuait
dans les Pays-Bas : le 1er mai, la ville de Bois-le-Duc avait été investie
par les troupes de Frédéric-Henri de Nassau et le moment semblait
peu opportun pour essayer de faire cesser entre les Etats de Hollande
et la cour d’Espagne des hostilités dont l'Angleterre voyait sans
déplaisir se prolonger la durée. De son côté, l’ambassadeur des États,
Joachimi, regrettait amèrement qu’un courant pacifique s’engageât
entre Londres et Madrid et devait s’efforcer de l’interrompre.
L’envoyé vénitien, Alvise Contarini, n’était pas animé de sentiments
meilleurs : la paix ne souriait point à la république, et, dans ses
dépêches, Contarini poussait la mauvaise grâce jusqu’à représenter
Rubens comme un homme ambitieux et cupide, très désireux de faire
parler de lui et visant à qualche huon présente. Bien qu’il appartint à
l’école de Venise, Contarini mettait peu de ressemblance dans ses
portraits.

D’autres difficultés étaient à craindre : elles venaient du terrain
même sur lequel Rubens devait opérer. Il vit tout de suite que les
Anglais étaient singulièrement divisés sur la question qui aurait dû
les trouver unanimes. Il put constater l’existence de-trois partis : le
premier, celui du comte de Carlisle, voulait la paix avec l’Espagne
et la guerre avec la France ; le second désirait la paix avec tout le
monde ; le troisième, fort redoutable aux yeux de Rubens, rêvait la
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