Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 31.1885

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

et qui n’aboutirent qu’après huit années. Je vais tâcher de résumer
aussi brièvement que possible les faits relatés clans les registres de
l’Académie.

La première ouverture officielle est consignée dans le procès-
verbal de la séance du 30 mars 1776; mais, antérieurement à cette
date, l'artiste avait cru devoir informer de ses intentions le directeur
général des Bâtiments ; c’était alors le très actif et très éclairé comte
d’Angiviller. La lettre1 de La Tour a le mérite d’entrer dans des
développements complets sur l’objet des quatre prix qu'il se propose
de fonder. Il va nous expliquer lui-même sur quelles parties de l’art
porteront les concours.

Aux Galieries du Louvre, ce 1" février, à 9 heures 1/2 du soir.

Monsieur le Comte,

J’ay été si mortifié de n’avoir pas été averti du jour de votre audiance pour
vous y rendre mes hommages, que mon esprit en a battu si fort la campagne que
j’ay pris la liberté de vous écrire à ce sujet bien des choses que mon apathie m’a
fait jetter au feu. Je ne puis me faire connoitre qu’après l’accomplissement des
projets d’utilité publique, puis que ce sont eux qui m’ont forcé de vouloir vivre
pour y pouvoir parvenir. Un de ces projets interresse votre goût pour les arts, si
le Roi qui vient d’établir plusieurs prix de cent louis pour les élèves des ponts et
chaussées veut bien permetre la fondation de quatre prix, et si vous, Monsieur le
Comte, voulez bien leur donner votre approbation; ces prix sont pour la
perspective, l’anatomie, des desseins très corrects des belles statues anciennes et
modernes et des pieds et des mains d’après nature ; le quatrième prix seroit pour
la vérité de la couleur, en donnant aux élèves une belle tête à peindre trois fois
et des deux cotez éclairés et ombrés ; cette étude me paroît indispensable pour
éviter la manière; la chaire n’a aucun ton entier; tout y est rompu; de sorte qu’il
n’y a point d’élève qui ne puisse sentir ses deffauts en voyant la nature au milieu
de dix ou douze têtes peintes d’après elle. C’est la leçon la plus utile pour bien
apprendre à lire dans la nature, et ses études bien réfléchies donneront une
facilité à colorer tous les autres objets avec plus de vérité. Pardon de mon
griffonage; je finis pour vous prier d’agréer tous mes vœux et le respectueux
dévouement avec lequel je suis, Monsieur le Comte, votre très humble et très
obéissant serviteur.

D e L a Tour.

M. d’Angiviller ne se contenta pas de répondre par des félici-

1. La lettre de La Tour n’indique pas l’année; mais la réponse qui s’y trouve
jointe porte la date du 4 février 1776. L’objet de la lettre suffirait d’ailleurs, avec
les procès-verbaux de l’Académie, pour déterminer sa date précise.
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