Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 31.1885

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UN TABLEAU ATTRIBUÉ A JEHAN PERRÉAL.

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peu connues encore, dit le savant écrivain. On a souvent affirmé que
le vandalisme des deux derniers siècles s’était particulièrement
acharné sur les monuments de cet art et que ses plus belles productions
ont irrévocablement péri. Nous sommes plutôt disposé à croire... que
le rôle de la peinture proprement dite était fort borné en France, et
que, pour se rendre compte de l’activité et de l’habileté de nos
peintres, il ne suffit pas de s’attacher aux fresques et aux tableaux
de chevalet. »

Les derniers mots sont parfaits : il faut voir de haut et d’ensemble
toutes les manifestations du crayon, de la plume et du pinceau; mais
nous demandons humblement à l’auteur de la Renaissance l'autori-
sation de penser autrement que lui sur le rôle « fort borné ?> de la
peinture proprement dite. Devant cette invraisemblance, nous avons
toujours gardé l’attitude d’un insurgé. Le caractère essentiel du
xv° siècle se précisant de l’Escaut au Tibre par un superbe réveil de
l’esprit, il n’est pas admissible que la France, placée entre la Flandre
des Van Eyck et de Memling, et l’Italie adorable, celle de Masaccio
et de Botticelli, n’ait point été traversée par le courant et se soit
attardée aux nonchalances à l’heure de la grande agitation intellec-
tuelle. Tout en restant fidèle à son génie, elle a connu les fièvres
voisines et elle s’y est associée. L’école française, de Charles VI à
Louis XII, a aimé la peinture sous toutes ses formes, elle a cru au
portrait comme au retable d’autel. Les textes le prouvent, et ils sont
nombreux. La seule question est de savoir ce que les œuvres sont
devenues.

Le vandalisme, dont M. Eugène Müntz rappelle avec raison les
brutalités, en a évidemment fait disparaître quelques-unes ; mais sa
digne sœur, l’ignorance, n’a guère été moins criminelle. Oublieuse
des traditions et des manières, elle a cruellement débaptisé des
peintures d’origine française et elle persiste à les cataloguer sous des
noms étrangers. Ce point a déjà été mis en lumière. Celui d’entre
nous qui présidait en 1882 la réunion des sociétés savantes à la
Sorbonne suppliait ses collègues de la province d’organiser une
surveillance active autour des tableaux qui, dans les musées et dans
les églises, sont attribués à des maîtres flamands. « Regardez bien,
disait-il, les pseudo-Van Eyck, les faux Van der AVeyden, les
Memling douteux : vous y trouverez peut-être la marque d’une main
française, et fouillez vos archives pour arriver à la certitude. »

Ce discours, préparé avec la bienveillante collaboration de
M. de la Palice, était inspiré par cette conviction que le xvfi siècle
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