Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 31.1885

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UN TABLEAU ATTRIBUÉ A JEHAN P Eli RÉ AL.

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des tons échantillonnés à la façon d’une armoirie, comme on le voit
au Louvre dans le tableau héraldique et brutal qui réunit les membres
de la famille des Ursins. Même dans le midi de la France, les peintres
du roi René restèrent longtemps fidèles aux anciennes méthodes. Il y
a encore des colorations chaleureuses à la Van Eyck dans le Buisson
ardent de Nicolas Froment (1475). Mais bientôt les notes blondes,
les notes claires arrivèrent avec Aran der Weyden et avec Memling.
On ira même jusqu’à aimer les visages blancs et déjà, sous Louis XII,
on peut prévoir l’heureux triomphe des Clouet, ennemis de l’ombre.

Le tableau donné par M. Bancel nous apprend quelque chose
encore. Il nous dit qu’aux dernières années du xve siècle, l’Ecole
française songeait à conquérir une qualité qui manqua souvent à nos
miniaturistes, l’harmonie dans la couleur. Longtemps elle s’était tenue
satisfaite par la vive découpure des tons individuels, agissant isolé-
ment sans trop se soucier des voisins. La Vierge aux donateurs est, au
point de vue de l’histoire de la couleur en France, une page aussi
précieuse qu’elle était inattendue. Il y a dans la robe de la madone,
dans le tapis du premier plan, des combinaisons de roses très sages et
de verts atténués qui certainement sont voulues et prouvent un colo-
riste. Si l’auteur de ce tableau, où abondent les délicatesses, n’était
pas un maître robuste et incisif, il avait du moins les raffinements
d’un esprit subtil. Mais n’espérez pas que je vous dise le nom de ce
peintre amoureux des choses fines et douces. Ce nom, que je respecte
sans le connaître, je le demande aux privilégiés qui savent tout.

PAUL MANTZ
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