Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 31.1885

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LE MUSÉE DE HARLEM.

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bientôt un surcroît d’émulation par suite de l’arrivée de plusieurs
artistes flamands chassés de leur pays par la persécution religieuse.
Ces émigrés apportaient dans l’Académie fondée par Karel Aran
Mander, Cornelis de Harlem, et les deux Goltzius des ferments nou-
veaux qui ne tardèrent pas à germer h C’est alors vraiment que se
forme, durant l’effervescence même des luttes patriotiques, sous
l’action longue et décisive d’un praticien extraordinaire, Franz Hais,
cette grande école d’où sortirent tant de portraitistes vigoureux, tant
de joyeux peintres de genre, tant d’incomparables paysagistes. Cette
explosion triomphante d’un art local et réaliste à Harlem n’empêcha
pas cependant l’art classique et importé d’v vivoter obstinément et
pauvrement. Pendant le xviie siècle, naturalistes et italianisants
vivent donc côte à côte à Harlem, faisant lion ménage dans la Guilde.
On y voit, pêle-mêle, les dix membres de la famille Hais, les six
Grebber, les six de Bray, les quatre Ver Spronck, les quatre Mole-
naar, les quatre Van Everdingen, la famille Van der Meer, les trois
Ruysdael, les quatre Vroom, les quatre Wouwerman, Job et Gerrit
Berckeyden, Adriaan Brouwer, Cornelis Bega, Cornelis Dusart, Cor-
nelis Heda, Adriaan et Isaak van Ostade, Pieter et Antony de
Molijn, Saenredam, Thomas Wyck et bien d’autres. Quelques-uns
viennent du dehors s’y marier comme Ludolf Backuysen, quelques
autres y mourir comme Pieter de Hooch. Un nombre énorme d’artistes
y passe, attiré par la présence des bons maîtres et par les privilèges
de la corporation dont le plus utile était celui de faire deux fois par
an, à l’exclusion de tous autres, des ventes publiques de tableaux,
suivies de banquets pantagruéliques 2.

La Guilde possédait, comme notre Académie royale, une collection
de tableaux donnés, à leur entrée, par ses membres. Par malheur
cette galerie, si précieuse pour l’histoire de l’art hollandais, fut
dispersée au xvme siècle lorsque les corporations, même dans les
Pays-Bas, devinrent impopulaires. Le Musée actuel ne date que
de 1862. II n’offre donc pas, tant s’en faut, la série complète de tous
les Harlémois célèbres. Néanmoins, formé en grande partie de
peintures provenant d’hôpitaux ou d’établissements publics, il pré- 1

1. M. Bode cite, parmi ces Flamands, les peintres de paysages et d’animaux:
Hans Bol, Roeland Savery, David Winckboons, les Nieulandt ; le peintre d’archi-
tecture : B. van Bassen; les peintres de marine: Adam Willaerts et Jan Porcellis.
(Wilhem Bode. Studien zur Geschichte der Hollandischen Malerei. In-8°, Brauns-
chweig. 1883.)
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