Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 31.1885

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

Faut-il parler de trois figurines de jeune femme, dans des poses dont l’agacerie
est savament calculée, et qui semblent peintes avec un cheveu d’enfant? M. Van
Beers est bien adroit, c’est tout ce que nous trouvons à dire de sa peinture.

Un mot, pour terminer, de M. Cazin, et ce ne sera pas, nous le regrettons, un
mot aimable. M. Cazin a beaucoup de talent; il est venu fort à propos,après M. Puvis
de Chavannes, rappeler à ses confrères les paysagistes, qu’il y a dans la nature
autre chose que des terrains, de la verdure, des arbres et des maisons surmontés
d’un ciel; on y trouve de la poésie, essence métaphysique de toutes ces choses.
Aux narrations en prose courante des modernes, M. Cazin substitua une interpré-
tation en vers qui dès l’abord obtint un grand succès. C’est fort bien, mais il ne
faudrait pas tomber d’un excès dans l’autre. Plus poète que jamais, le peintre dont
nous nous occupons a le tort, selon nous, de traiter avec une indifférence excessive
la vérité naturelle des choses : dans les tableaux qu’il expose rue de Sèze, les ter-
rains, la verdure, les arbres et les maisons surmontés d’un ciel n’ont plus rien de
commun avec le monde que nous habitons. Il nous transporte dans je ne sais quel
planète où la végétation semble cuite au feu de quelque volcan souterrain. Cette
peinture des temps préhistoriques devient monotone à la longue; on n’est plus
surpris, l’émotion s’envole et la critique reprenant ses droits, découvre toutes sortes
de défauts qu’elle n’avait pas voulu voir quand elle était sous le charme. Le faire
du peintre ne rachète pas ce que son art a de conventionnel et de faux : il couvre
la toile de gouaches aux tons salis, lourdement appliquées et sans aucun souci de
Ja forme. Ce jugement paraîtra, peut-être sévère ; mais il nous semble qu’on doit
la vérité à un homme de la valeur de M. Cazin ; quand un artiste est jeune encore
et qu’il a du talent, on lui rend un mauvais service en ne l’avertissant pas qu’il
fait fausse route.

ALFRED DE LOSTALOT
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