Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 31.1885

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

lieu d’espérer que tous ces projets aboutiront et que nous pourrons signaler
prochainement, aux lecteurs de la Gazette, les résultats de cette initiative privée.

La revue Die graphischen Künste (les Arts graphiques), publiée par la Société
de gravure de Vienne, est en train de terminer sa septième année. La situation
que nous occupons vis-à-vis de cette revue, nous commande de nous borner à un
simple compte rendu d’un travail susceptible d’intéresser vos lecteurs et publié
récemment par elle. M. Ephrussi a bien voulu s’occuper, dans la Gazette, de l’excel-
lente étude illustrée que M. Bode, directeur du Musée impérial de Berlin, a consa-
crée à Adriaen Brouwer dans le sixième volume des Graphischen Künste. Il nous
reste à demander la permission de donner ici une analyse de notre article sur
plusieurs portraits de Holbein publiés par la Société de gravure de Vienne.

Parmi ces portraits, l’admirable tableau du Musée de Dresde excite le plus
légitime intérêt. O11 sait que ce portrait magistral faisait partie des cent tableaux
vendus, en 1746, par le duc François III de Modène au roi Auguste III de Pologne,
électeur de Saxe et qu'il passait dans la galerie de la maison d’Este pour une
œuvre de Léonard de Vinci. On croyait également que ce portrait représentait le
duc Lodovico Sforza, surnommé il Moro. L'origine de ces erreurs qui se sont
perpétuées pendant une centaine d’années, est bien instructive; nous avons là un
exemple typique de cette falsification graduelle d’une bonne et authentique tradi-
tion qu’on retrouve maintes fois dans l’histoire des arts. Dans la première moitié
du xviie siècle, on savait encore que ce tableau avait été peint par Holbein sous
Henri VIII et qu’il représentait un comte de Moretta. Lord Arundel, le célèbre
collectionneur des œuvres de Holbein, s’efforçait en 1628 de faire l’acquisition du
portrait qui se trouvait alors en Italie, mais le marquis Montecuccoli l’achetait et
en faisait cadeau au duc François d’Este. Venturi, directeur de la galerie de
Modène, raconte dans son intéressant volume, la R. Galleria Estense (Modena,
Paolo Toschi, 1882, p. 224), que ce portrait était attribué par Montecuccoli à
« Gio Olben », ce qui vaut encore mieuxque l’orthographe actuelle « Olbeno » adoptée
en Italie pour le nom du maître allemand. La syllabe Mor contenue dans le nom
de Moretta devenait la source de toutes les erreurs consécutives. Vers la fin du
xvne siècle, on commençait à croire que ce portrait représentait le fameux usur-
pateur de Milan, Lodovico Sforza, surnommé il Moro. On cherchait un grand
maître italien pour lui attribuer ce magnifique portrait, et on trouvait naturellement
Léonard, qui avait été très dévoué à l'usurpateur et avait même quitté Milan en
1501), lorsque Lodovico Sforza fut conduit en France comme prisonnier du roi. La
cour de Modène se plaisait évidemment à regarder le chef-d’œuvre de Holbein
comme portrait de famille, car le duc Sforza Louis le More avait épousé, en 1490,
la princesse Béatrice d’Este.

Cent ans après l’acquisition de ce portrait par la galerie de Dresde, le docte
écrivain Rumohr contestait le premier l’attribution erronée du catalogue dans
lequel le tableau figurait sous le nom de Léonard de Vinci, et proposait le nom
de Hans Holbein le Jeune. En 1846, M. de Quandt défendait cette proposition et
constatait, par la gravure bien connue de Wenceslas Hollar, que ce portrait
représentait un « M. Morett ». Il nous paraît presque incroyable que ce tableau
ait pu exister à Dresde pendant plus de cent ans sans qu’un amateur l’ait
confronté avec la gravure de Dollar, qui n’est pas rare, et dont plusieurs épreuves
ont dû exister dans une ville artistique comme Dresde.
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