Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3. Pér. 17.1897

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS

AUTRICHE

l’hOTEL MUNSCH. — LES EXPOSITIONS DE FIN D’ANNÉE : MM. VACLAV BROZIK,

VAN DER STAPPEN ET LUDWIG DETTMANN ; L’ŒUVRE DE VICTOR TILGNER.

ous ne voudrions pas rééditer notre homélie

d’il y a deux ans ; mais le fait n'a jamais été
plus triste à constater : le Vienne d’autrefois

continue à s’en aller. L’acte fatal qui s'annon-
cait et que nous redoutions le plus depuis long-
temps, est aujourd'hui accompli. Un monu-
ment historique entre tous, une masse archi-
tecturale des plus nobles proportions et de la
plus magnifique ordonnance, l'hôtel Munsch,
ancien palais du maréchal Laudon, dont la
salle à manger avait entendu la première exé-
cution de la Neuvième Symphonie de Beetho-

ven, a vécu. Comme le palais Schwarzenherg, qui occupait un autre côté de la
même place, il sera remplacé par quelque placage en carton pâte, style déco-
ration de théâtre ; un peintre tel que M. Yeith aura beau le revêtir d’une
mosaïque exécutée à Murauo, ainsi qu’il a été fait d'un hôtel voisin, on n'en
regrettera pas moins toujours amèrement la somptueuse et massive demeure
classique, ses lourds pilastres trapus, son balcon délicatement (sinueux, ses fe-
nêtres ornées de vases cossus et fantaisistes sculptés sous des frontons arqués au
puissant relief, dans des niches aux sobres encadrements. Les grandes lignes et
l'aspect harmonieux du Neuer Markt qui portaient si bien leur date sont désor-
mais irréparablement gâtés. La disproportion, l'américanisme et le clinquant
sont maîtres du terrain; une des plus jolies places de la Cité (qui en est si
pauvre) n'est plus qu'un souvenir historique, dont un tableau déjà célèbre de
Theodor von Hœrmann, sa dernière grande œuvre, ne fera qu'aviver le regret.

En revanche, on nous promet des quais nouveaux sur le canal du Danube,
une succession de ponts, une gare centrale, la destruction de la formidable caserne
de briques du.Stuhenring, la correction de ce dernier, et tout un système monu-
mental et industriel pierre et fer, assyro-américain, qui contribuera de plus
en plus à transformer l’aspect sui generis, à la fois officiel, aristocratique, dévot
et artistique de la ville impériale de Fischer d’Erlach en un aspect cosmopolite,
démocratique et plus ou moins socialiste. La peur de paraître provincial et
retardataire va engendrer les pires hardiesses ; Vienne perd son sentiment de
capitale historique et tend à devenir une foire du monde permanente.

Les expositions de l’automne ont été plus intéressantes que de coutume.
Il meurt rarement en Autriche un statuaire de la valeur de Victor Tilgner, dont
le public a été appelé à passer en revue tout l’œuvre, véritable musée des célé-
brités viennoises contemporaines, depuis l’empereur et les archiducs jusqu’aux
actrices en renom et aux plus gros banquiers et commerçants. En outre, quelques
ancêtres de l’histoire d’Autriche-Hongrie et quelques monuments, soit trop coquets,
tels que les fontaines du Volksgarten et de la villa impériale d’Ischl et le Mozart
érigé Lan passé derrière l’Opéra; soit — mais ils sont rares— plus largement et
rudement conçus, tels que ceux de Werndl à Steyer, et, à Hambourg, d'un récent
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