La chronique des arts et de la curiosité — 1910

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LA CHRONIQUE DES ARTS

Jean de France, duc de Touraine, fils de Char-
les Yl, ainsi que son frère, Jean de Bavière, dit
Sans-Merci, évêque de Liège, lequel eut à son ser-
vice Jean van Eyck. Enfin, dans les derniers
feuillets du manuscrit, M. Durrieu reconnaît deux
portraits qui sont précisément ceux de Jean, duc
de Berry, pour qui le recueil fut écrit. Ces consta-
tations faites, M. Durrieu se demande si, sur l’un
des volets du retable de VAgneau mystique dû aux
frères van Eyck, il ne convient pas de reconnaître
le portrait de Jean, duc de Berry.

Société des Antiquaires de France

Séance du 16 mars

M. René Prinet étudie le traité héraldique du xve
siècle intitulé Le Trésor de noblesse, adaptation
frauduleuse d’un petit ouvrage de Diego de Valera
publié en 1497 par Antoine Vérard.

M. le comte Durrieu insiste sur la prudence avec
laquelle doivent être attribuées les miniatures des
manuscrits : dans un volume provenant de l’atelier
de Jacques de Besançon, les miniatures les plus
remarquables ne sont pas du chef de l’atelier, mais
d’un certain « maître François », auquel il avait
fait appel.

M. Henri Stein signale une fâcheuse lecture pa-
léographique dans la légende d’une tapisserie
vendue il y a quelques semaines à l’hôtel Drouot,
qui représente une souveraine assise entre deux
personnes dénommées Justice et Fraude. L’inscrip-
tion placée au-dessus de la figure centrale, a été
lue à tort Règne de Julie ; elle porte en réalité :
Règne de police. La tapisserie exprime cette vérité
que, dans un état policé, la justice chasse la
fraude.

M. R. Cagnat signale dans des inscriptions dé-
couvertes en Espagne la curieuse mention du san-
glier, signe distinctif des étendards des cohortes
gauloises dans les armées romaines.

Séance du 25 mars

M. le président annonce la mort de M. le mar-
quis des Méloizes, correspondant de la Société, à
Bourges, qui laisse le renom d’un érudit distingué
et d’un artiste.

M. de Mély confirme la lecture, faite par lui, du
nom de Kazymir dans les miniatures du manus-
crit français des Miracles de la Vierge ; il en rap-
proche les caractères placés au bas de la Femme
adultère du musée de Bruxelles, où il lit la signa-
ture Allaert.— M. Boinetfait de sérieuses réserves
à quelques-unes des assertions de M. de Mély. —
M. Stein déclare que la lecture Allaert, sur le
tableau du musée de Bruxelles, lui paraît inad-
missible.

M. Héron de Yillefosse communique, au nom du
R. P. Delattre, une nouvelle tablette de jeu trouvée
dans les fouilles de l’amphithéâtre de Carthage.

CORRESPONDANCE DE BELGIQUE

LA PROCHAINE EXPOSITION UNIVERSELLE
DE BRUXELLES

La Belgique se prépare à devenir le lieu de ren-
contre des touristes des deux mondes. Sans doute,

l’attrait des expositions universelles s’est quelque
peu émoussé ; n'empêche qu’il y a là, pour la
presque totalité des humains — et à fort juste
titre — une occasion de satisfaire notre soif de
connaître. L’apport des nations y est rarement
sans conséquence sur le progrès.

L’art est appelé à rehausser puissamment à
Bruxelles l’éclat de ce qu’il est convenu d’appeler
World's fair, la « foire du monde», terme plus juste
que respectueux. On peut regretter que plusieurs
grands pays : l’Angleterre, l’Allemagne, l’Autriche,
la Hongrie, la Russie, la Suisse, les Etats-Unis
n’aient pas jugé devoir prendre part officiellement
à un concours artistique ouvert entre les nations.
En dehors de la Belgique et de la Hollande, la
France, l'Italie, l’Espagne, le Japon et la Suède
mettront en relief le talent de leurs peintres, de
leurs sculpteurs, de leurs architectes, de leurs
graveurs.

L’art ancien, en revanche, se signalera d’une
manière remarquable par une sélection grandiose
d’œuvres du xvn* siècle, tirée non seulement des
collections nationales, publiques et pi’ivées, des
églises, des monuments civils, mais, pour une large
part, des collections étrangères. On peut donc avoir
la certitude qu’une réunion exceptionnelle des pro-
ductions de l’art flamand du xvnc siècle sera offerte
à l’étude de cette catégorie toujours plus nombreuse
des spécialistes dont l’attention, sans cesse en éveil,
trouve un stimulant dans l’abondance et la valeur
des monuments réunis. Et, de même que l’éloi-
gnement n’a pas détourné les amis de l’art de tra-
verser l’Océan pour étudier à New-York les mer-
veilles de l’école hollandaise réunies à l’exposition
LIudson-Fulton, rares seront ceux qui hésiteront à
se rendre à Bruxelles pour puiser à la source
généreuse offerte à leur admiration.

Il se pourrait que l’exposition de l’art au
xvixe siècle vînt permettre au public de revoir
certaines peintures importantes de l'ancienne ga-
lerie du roi défunt, notamment la grande es-
quisse de Rubens, Les Miracles de saint Benoit,
et sa copie par Eug. Delacroix, puis des tètes de
jeunes lions, étude puissante pour le tableau de
la Pinacothèque de Munich. On annonce, en effet,
le retour en Belgique de ces toiles capitales, expo-
sées pour la dernière fois il y a plus de vingt-cinq
ans.

Plusieurs églises belges prêteront de vastes
pages de maîtres fameux. C’est ainsi, notamment,
que d’Anvers viendront les grandes toiles des
Augustins : La Vierge sur un trône entourée de
saints et de saintes qui compte parmi les œuvres
les plus magistrales de Rubens; l’Extase de
saint Augustin, par van Dyck; le Martyre de
saint Apollonie, de Jordaens. L’église Saint-
Paul prêtera la Flagellation de Rubens; l’église
Saint-André, le Martyre de saint André, une des
pages les plus considérables d'Otto Venius.

D’autre part, les délégués de la Commission, et
particulièrement son président, le baron Kervyn,
ont trouvé à l’étranger le plus favorable accueil.

Les galeries françaises occuperont, dans cette
manifestation, une place considérable : du Louvre
viendra notamment le portrait, si particulièrement
intéressant pour la Belgique, de La Famille d'Otto
Venius, à laquelle viendront s’ajouter des œuvres
importantes de Rubens, de van Dyck, de Jordaens,
de Snyders et de Teniers appartenant aux musées
de Lille, de Valenciennes, d’Arras, de Douai, de
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