La chronique des arts et de la curiosité — 1911

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ET DE LA

Salon. Salon do l'intérêt le plus immédiat peut-être
à notre époque, puisqu'il est celui où plus étroite-
ment l'art se môle à la vie, où ses différentes ex-
pressions se subordonnent à l'architecture et aux
nécessités de l'existence quotidienne, où l'art de
nos jours s'affirme « art social », selon l'expression
qui fait fortune. On doit de la reconnaissance aux
architectes qui se prêtent à l'effort coûteux, et com-
bien nécessaire,d'exposer aux regards des ensembles
de mobiliers.L'Exposition munichoise,organiséel'an
passé par le Salon d'Automne, a eu l'excellent ré-
sultat d'apporter de la confiance parmi leurs
rangs, de montrer que les qualités françaises de
grâce et d'équilibre subsistent toujours, que le mo-
bilier contemporain peut être pratique et solide-
ment construit. Pourtant^ un reproche général
reste à l'actif des salles modernes : la mo-
notonie. Nos constructeurs n'ont ni le goût, ni
l'habitude, ni surtout l'audace des couleurs. Que
l'on regarde, par exemple, un fauteuil du xviir3
siècle enrichi par sa dorure, éclatant des teintes
franches de la tapisserie ou du brocart qui le re-
couvre : il y a là une gamme claire, assourdie cepen-
dant par les ans et que nos artistes ignorent. Un
besoin d'animation et de gaieté se fait sentir de-
vant ces intérieurs monochromes où une lumière
égale n'effleure que des valeurs semblables. Déjà
des recherches se précisent, trop timides encore.
C'est ainsi que M. Pierre Selmersheim enrichit
d'incrustations de couleurs le cuir des beaux fau-
teuils du fumoir de M. Berger, que M. Gaillard a
mis sur ses sièges bien étudiés des étoffes cha-
toyantes, que M. Nowak a rehaussé de clous
dorés et scintillants le bois clair d'un fauteuil
à la garniture rose brodée de vert, que M. Georges
Bourgeot recherche, dans les tissus qu'il em-
ploie, les ondulations du velours, associe le cuivre
au fer dans les appliques de ses meubles et en-
châsse des vitraux nuancés aux panneaux d'une
vitrine, que M. Majorelie, fidèle disciple du maî-
tre de Nancy, continue à employer pour l'orne-
mentation les dessins formés par les veines des
bois somptueux qu'il ordonne.

Définitivement assagi, maître de ses formules,
notre art décoratif contemporain n'attend peut-être,
pour s'affirmer dans un ensemble parfait, que la
collaboration, étroite et nécessaire, entre l'artiste et
l'amateur àu goût sur qui viendra avec un pro-
gramme très net et le sens précis des besoins à
satisfaire, des beautés à réaliser. Le second pourra
choisir autour de lui avec certitude. Rien que dans
•ce groupe où, cependant, tant d'artistes manquent
encore, que de noms à retenir pour le meu-
ble seulement : MM. Dufrène, Loys Brachet,
Henri Rapin, Jallot, Paul Follot, Tony Sel-
mersheim, Croix-Marie. Deux artistes ont employé
leur talent de sculpteur à des meubles de chambre
à coucher : l'armoire et le lit de M. Emile Ber-
naux, sont, dans leur intéressant parti pris de
courbes, des œuvres très décoratives qu'ornent de
grandes figures que ne renierait aucun maître ;
M. Raymond Bigot a taillé des ramiers sur des
meubles dont les formes un peu simples et grêles
s'associent mal à une ormentation si riche ; il a
eu la bonne idée de recourir, pour les broderies de
la frise du lit et d'un coussin, au talent sur de
M'"e Marie Le Meilleur. M. Robert, le maître in-
contesté de la ferronnerie, a ici quelques émules ;
on peut lui opposer certains objets d'art et cer-
tains lustres de M. Szabo, non pas celui qui doit

CURIOSITE 67

éclairer la salle à manger de M. Tissier, lustre dont
l'aspect évoque quelque mystérieux instrument de
torture, et qui est certainement une faute incom-
préhensible de la part d'un tel artiste. On peut
admirer aussi la porte en fer forgé due à la colla-
boration de M. Brandt et de M. Chedannc. Dans
l'orfèvrerie, M. Ed. Monod s'affirme une fois en-
core le plus habile et le plus raisonnable techni-
cien de notre temps ; M. Dunand montre des vases
de cuivre qui sont en passe de conquérir la popu-
larité ; M. Capon demande au monde de la mer les
éléments de son décor ; M. Husson emploie sa
grande habileté à des œuvres qui restent petites
par leur défaut de synthèse ; M. Hirtz a de très
beaux émaux ; Mme Lecreux des entrées de serrure
et des clefs vues déjà aux « Arts réunis ».

Les bijoux de MM. Rivaud, Mangeant, Follot et
Dufrène, ceux de Mme Bedot-Diodati sont intéres-
sants à divers titres. MUe O'Kin reste inimitable
dans le travail de l'ivoire et de la corne, comme
inimitable Mme Ory Robin dans ses tapisse-
ries et Mme Maillaud qui, en employant les laines
de couleur, crée de véritables tableaux aux li-
gnes calmes. 11 y a là un ensemble d'efforts
féminins pour contribuer à la beauté du home
digne d'admiration. Il faut y associer les noms de
Mlle de Félice, qui a envoyé, outre des objets
usuels en cuir repoussé, un paravent très décora-
tif dans sa sobriété; MUe Germain, Mme Florence
George, Mme Marie Gautier. C'est un groupe im-
posant et personnel.

Les arts céramiques sont aussi noblement re-
présentés. M. Methey revêt ses faïenc* s de fas-
tueux émaux qui les apparentent de très près aux
produits d'Asie Mineure. M. Moreau-Nélaton reste
fidèle au grès cérame, robuste et sévère; de même.
M. Decœur, qui a fabriqué aussi des porce-
laines ornées d'émaux aux teintes sombres et
puissantes. MM. Dammouse et Decorchemont,
avec leurs pâtes de verre, ne peuvent que satisfaire
leurs admirateurs chaque jour plus nombreux.
Dans cette trop rapide nomenclature, où ont été
omis des objets de premier rang, telles les nacres
de M. Bastard et les reliures de M. Kieffer, men-
tion spéciale doit être faite du grand panneau de
M. Lebasque, des aquarelles bretonnes d'un mé-
tier large et personnel de M. H. de Waroquier,
des gouaches de M. Waldraff, des dessins spiri-
tuels de M. Larry-Barbier, et des curieux projets
de décoration pour une salle de bains dans les-
quels Mme Bardey se montre l'élève intelligente
et ingénue de M. Rodin.

6° Exposition de la Société Internationale
de la Peinture a l'eau

(Galerie des Artistes modernes)

C'est une exposition excellente. Si, chez quel-
ques artistes qui la composent, la virtuosité l'em-
porte sur l'expression, aucun envoi n'est, à vrai
dire, négligeable. Les membres de cette Société
comprennent l'aquarelle — ou, pour être plus exact,
la peinture à l'eau — non pas comme un procédé
mesquin qui enferme et rétrécit la vision, mais
comme une manière de notation plus rapide qui
permet, aussi bien que toute autre, de dire forte-
ment l'émotion ressentie au spectacle émouvant
de l'éternelle nature. Mélancoliquement, dans une
aquarelle datée de 1885, Le Pont-au-Change,
M. Albert Besnard retrace la masse sombre des
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