La chronique des arts et de la curiosité — 1911

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pense, à une réalisation chorégraphique) paraît, a
priori, audacieuse. Elle ne pouvait réussir que
par un concours d'heureux hasards. A vrai dire,
musicalement, j'attendais pis ; il est certain que
pour l'oreille c'est un ballet fort agréable, supé-
rieur à la plupart de ceux que joue l'Opéra. Mais
cela n'a guère d'unité. Et, ce qui est plus grave,
toute la célèbre rhapsodie iïEspaûa devient mé-
connaissable : l'exécution en est froide, métrono
mique, ennuyeuse, sans rythme, sans fantaisie ;
exactement l'envers de ce que faisait Ghabrier
quand il jouait son œuvre au piano.

Quant à la réalisation plastique de ce ballet, elle
n'a pas semblé très remarquable. S'il est amusant
et logique (à cause de son caractère musical) de
voir la Marche joyeuse accompagner une fête
fo raine, YIdylle est trop intime pour la scène qui
la commente, et la Bourrée fantasque n'est, sur la
scène, ni « fantasque », ni « bourrée ». Viennent
enfin les danses espagnoles, mais si sages, si rai-
sonnables, si classiques, si figées, qu'on se méfie
tout de suite ; et (dois-je m'en excuser?) ces vers
illustres des Brigands viennent irrésistiblement
au bout de ma plume :

Il y a des gens qui se disent Espagnols
Et qui ne sont pas du tout Espagnols...



Maintenant que FOpéra a fait amende honorable
à la mémoire de Ghabrier, il faut souhaiter que
l'Opéra-Gomique reprenne au plus tôt Le Roi
malgré lui, cette œuvre bouffe, exubérante, char-
mante et exquise, dont je ne veux citer pour l'ins-
tant que ce petit chef-d'œuvre, cette merveille d'art
français : l'invocation d'Henri de Valois exilé à la
« douce France » sa patrie : « Cher pays, pays du
gai soleil... ». H y a dans cette musique pure et
fine, grave et attendrie, comme une synthèse de
l'art, du paysage et du passé de l'Ile-de-France...

Vraiment, il est tout à fait incompréhensible, et
profondément attristant que le Moi malgré lui ne
soit pas, depuis longtemps déjà, au répertoire de
l'Opéra-Gomique.

Charles Kœchlin.

CHRONIQUE D'ANGLETERRE

Le Burlington CLub de Londres ouvre ses portes
le 13 mai à une exposition d'art vénitien du xviii9
siècle. Le comité a pu réunir des tableaux de
haute valeur : des Ganaletto, des Guardi, des Tie-
po'o et des Longhi, pour la plupart tout à fait
inconnus, parmi lesquels une scène de théâtre par
Guardi, pur chef-d'œuvre que vient de publier le
Burlington Magazine', des vues de Venise de la
collection Fitz Herbert; un grand Antonio Ganale,
plusieurs Belotto (à la National Gallery d'Irlande) ;
un Piazzetta avec des figures de grandeur naturelle ;
sept scènes de la vie vénitienne par Longhi ; quel-
ques portraits de sénateurs et de dames, ainsi
qu'un très beau portrait de Horace Walpole, par
la Rosalba.

Des dessins et quelques pièces d'ameublement
de l'époque complètent un ensemble digne des tra-
ditions de ce club, et offrent aux amateurs de
l'art du xviir siècle de précieux éléments d'étude.

L'exposition restera ouverte jusqu'à la fin de

jUill0t- H. G.

REVUE DES REVUES

P Les Amis de Paris (n° 1, 1« avril 1911) _
C'est le titre du bulletin que se propose de publier
mensuellement (1) la nouvelle Association dont
nous avons annoncé récemment la création (2) et
qui a pour but de veiller à la beauté de Paris. On
y trouve, après une introduction exposant le pro-
gramme de cette Société, de nombreux articles
(pour la plupart accompagnés de figures) sur
les sujets les plus divers : contre l'abus de l'affi-
chage ; pour la beauté des écoles ; sur l'église Saint-
Julien-le-Pauvre (par M. Augé de Lassus) ; sur la
question de la distribution des prospectus dans les
rues de Paris ; sur la pointe de la Cité, etc.

0 La Grande Revue (25 avril). — Ingres, par
M. H. Lapauze.

— Les Fouilles d'Herculanum, par M. André
Maurel : démonstration de la possibilité de les
reprendre.

V Revue hebdomadaire (29 avril). — Autre
étude sur Ingres par M. Louis Gillet (av. 6 reprod.
d'œuvres) , à propos de l'exposition actuellement
ouverte à la galerie Georges Petit.

P Mercure de France (16 avril). — M. Emile
Henriot contribue de son côté à cette commémora-
tion d'Ingres en publiant des lettres inédites du
maître.

O Le Mois littéraire et pittoresque (avril). —
Etude de M. Gamille Enlart sur les baptistères et
fonts baptismaux dans l'histoire de l'art (14 re-
productions).

(Mai). — Etude de M. Abel FaLre sur les inter-
prétations par Memling et par Garpaccio de la
légende de sainte Ursule (14 reprod.).

BIBLIOGRAPHIE

Deux Livres d'Heures attribués à Jacques
Goene, par J. van den Gheyn. Bruxelles, Vro-
mant et Gio, éditeurs. Un album in-18 de
51 planches en phototypie, précédé d'une préface
de 18 pages.

Notre collaborateur M. Paul Durrieu a reconnu
plusieurs traits de parenté entre un groupe de
manuscrits dont le prototype serait les Heures du
maréchal de Boucicaut, et qui auraient pour auteur
des enluminures Jacques Goene, peintre de Bruges
établi à Paris sous le règne de Charles VI. Se
référant, provisoirement du moins, à cette opinion,
le R. P. van den Gheyn publie cinquante et une
miniatures provenant ee deux manuscrits de la
Bibliothèque de Bruxelles et qui peuvent être
attribuées avec certitude à l'auteur des Heures du
maréchal de Boucicaut : dix-neuf sont consacrées

(1) Paris, 167, rue Montmartre. France: 5 fr.
par an ; étranger, 7 francs.

(2) V. Chronique des Arts du 1er avril, p. y».
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