Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 24.1868

Seite: 500
DOI Artikel: DOI Seite: Zitierlink: 
https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/gba1868_1/0516
Lizenz: Public Domain Mark Nutzung / Bestellung
0.5
1 cm
facsimile
500

GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

M. Léonce Chabry, dont nous avons souvent parlé, a exposé d'excellentes études
de vergers ou de prairies , peintes en plein air et d'une singulière intensité. C'est un
artiste jeune encore, qui a quelque peine à s'affirmer définitivement, mais qui prendra
quelque jour une place à part. — M. Faxon est un peintre de marine qui sait à fond
la construction d'un navire ou d'une barque : sauf des eaux un peu lourdes, sa Barque
est un tableau excellent. — M. Auguin a un Effet de malin très-fin et d'une belle dis-
position, et une paroi de roche grise traitée comme les meilleurs morceaux du bon
temps de M. Courbet. — Son élève, M. Cantegril, semble doué des plus heureuses dis-
positions. L'arrangement général de son tableau, la Grand'-Soume, est robuste; le
ciel en est profond, ce qui est une rare qualité, et les verdures sont d'une justesse ab-
solue. Il faut qu'un travail sincère vienne confirmer toutes ces belles espérances. —
M. Pradelles a des effets très-vigoureux. Que ne s'applique-t-il davantage à débrouil-
ler son dessin?

En somme, cette exposition est une des meilleures que nous ayons vues ici. Elle
paraîtrait bien plus complète si elle était moins compacte. Il faut bien se persuader que
les mauvaises toiles étouffent les bonnes, comme l'ivraie le blé dans les plaines. Ce
n'est pas le nombre qui importe, c'est le choix. Si l'on retirait courageusement cent
toiles ou mauvaises ou médiocres, on aurait un Salon qui offrirait aux amateurs un
meilleur choix, aux artistes un meilleur enseignement. I! ne suffit point de faire venir
de Paris la Source d'Ingres, les peintures décoratives de M. Puvis de Chavannes ou
la Mort de Chasseriau, de M. G. Moreau, il faut encore leur assurer un voisinage qui
ne les diminue point. Plus de sévérité de la part du comité d'admission aurait encore
l'avantage de laisser plus de place aux toiles de choix, do ne pas forcer le comité de
classement à disposer les dessins dans une petite salle à laquelle on n'accède que par un
escalier, et de rendre à sa destination logique une seconde salle d'entrée jusqu'alors
réservée aux marbres, aux bronzes et aux eaux-fortes. L'éducation de la foule se fait
surtout par les soins dont on entoure les morceaux d'élite. Sans prétendre que la
Société ne reçoive que des chefs-d'œuvre, nous voudrions qu'elle se montrât féroce à
l'égard de ces tableaux qui aujourd'hui ont créé une véritable plaie dans les ateliers,
les entrepreneurs de tableaux pour les expositions de province.

L'exposition de la Société des Amis des Arts de Bordeaux a pris un rang qu'elle
doit conserver. L'année dernière, la vente totale des objets exposés s'est élevée à près
de 60,000 francs. Les seize premières expositions, — celle que je visite en ce moment
est la dix-septième, — ont produit "32,580 francs. On voit que les résultats sont
sérieux. Il y a en ce moment, à Bordeaux, plusieurs collections en voie de formation.
Il faut les pousser sans cesse à augmenter la qualité des acquisitions. Espérons sur-
tout que le New-Club, lorsqu'il sera sorti des économies que lui impose temporaire-
ment sa luxueuse installation, reprendra résolument le principe fécond des acquisitions
importantes. Bien n'était plus intéressant que de voir une association d'hommes de
loisirs et d'intelligence orner de toiles de choix les murs de ses salons. Cette mesure
avait eu en France le plus heureux retentissement et permettait au comité de la
Société de faire aux artistes en réputation des appels plus pressants. Nous espérons
bien, l'an prochain, voir le New-Club reprendre ses excellentes habitudes : l'avenir de
la Société même y est quelque peu intéressé.

PHILIPPE SURTÏ.
loading ...