Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 31.1885

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LE VITRAIL.

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Sans cloute, les découvertes qui ont été faites dans le cours de ce
siècle en Assyrie, en Égypte, en Phénicie, en Grèce et en Italie, ont
démontré que les diverses applications décoratives du verre étaient
connues de toute antiquité, et les collections publiques ou privées
sont garnies d’objets que nos verriers auraient grand’peine à repro-
duire aujourd’hui. Les pâtes vitreuses, opaques ou translucides,
étaient moulées ou soufflées dans les formes les plus variées. Les
statuettes en verre rouge, les scarabées en verre bleu, les coupes en
verre filigrané, les vases translucides ornés d’émaux, les incrustations
de verre coloré dans la terre cuite et le bronze sont autant de chefs-
d’œuvre de l’art égyptien. C’est d’ailleurs à l’Égypte que l’Italie
emprunta ses verriers, sous le règne d’Auguste, et les verreries
italiennes ne tardèrent pas à être célèbres.

Les Romains fabriquaient des vases ornés de figures en saillie;
ils incrustaient l’or dans le verre; ils exécutaient de grands bas-reliefs
taillés et ciselés au touret comme des camées, dans des plaques de
verre coloré à plusieurs couches. La mosaïque fut l’art des Romains
par excellence. Elle était formée le plus souvent de petits cubes reliés
par un ciment et désignée par les deux mots : musivum opus. Souvent
aussi elle était composée de fils de verre juxtaposés suivant un dessin
et soudés ensuite; la décoration se répétait dans chaque section du
cylindre formé par la réunion des fils et le même cylindre pouvait
fournir plusieurs médaillons. Les ornements les plus délicats étaient
incrustés et soudés dans des plaques de verre opaque qu’on utilisait
sans doute pour décorer les meubles. D’autres plaques paraissent
provenir de décorations murales. La belle collection du cabinet des
médailles à la Bibliothèque nationale et la collection de M. Julien
Gréau renferment de précieux débris de cette fabrication.

Mais on n’a trouvé ni à Pompeï ni ailleurs aucun fragment de
verre coloré translucide employé en feuille pour la clôture des baies.
Le verre des fenêtres était certainement incolore. L’architecte Mazois,
dans ses Ruines de Pompeï, a décrit, au chapitre des Bains publics,
un châssis de bronze destiné à recevoir des vitres de forte épaisseur
et de grande dimension.

M. Bontemps, dans son excellent Guide du verrier l, donne l’analyse
des débris de vitres trouvés à Pompeï. Elles ont à très peu près la
composition des vitres modernes. Leur teinte est légèrement bleuâtre.
M. Bontemps a constaté dans ce verre des traces d’oxyde de fer et de

L Paris, i868. 1 vol. P. 2.26-227.
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