Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 31.1885

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REVUE MUSICALE.

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mélodieux, n’était la crainte de déplaire au compositeur — qui nous avaient
charmés au début de la scène.

L’interprétation de Médée, confiée aux chœurs du Conservatoire, a été
excellente; les solistes, M. Escalaïs et Mlle Figuet, ont fait de leur mieux;
nous ne pouvons raisonnablement reprocher à Médée d’avoir eu parfois des
intonations douteuses; sa jolie voix de mezzo-soprano n’est pas encore
façonnée aux tours de force que le compositeur des Argonautes exige de ses
interprètes. Escalaïs, plus maître de lui, n’a pas eu de ces écarts. Ce jeune
ténor ne demande du reste qu’à chanter; il l’a bien prouvé par la façon
large et émue dont il est venu traduire, à la fin du concert, l’air classique
et admirable dans sa simplicité des Abencérages de Chérubini. Si la
démonstration eût été à faire, aucun morceau n’était plus apte que celui-là à
établir que la musique chantée doit être avant tout claire et franchement
mélodique. La voix humaine, par cela seul qu’elle est humaine, et qu’elle
est l’intermédiaire de la parole, c’est-à-dire du moyen le plus explicite qu’on
ait découvert jusqu’à ce jour pour se faire comprendre, peut se passer
d’auxiliaire; elle se suffit à elle-même quand il s’agit de donner toute sa
valeur à l’expression d’un sentiment humain. Certes nous admirons les com-
positeurs qui essayent de rehausser sa puissance en l’entourant de toutes
les richesses de l’harmonie; mais il est de mode aujourd’hui de la parer
comme une châsse, au risque de l’étouffer : nous ne cesserons de protester
contre ceux qui se livrent à cette entreprise; nous la jugeons inutile quand
elle n’est pas malfaisante.

ALFRED DE COSTA LOT.
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