L' art: revue hebdomadaire illustrée — 8.1882 (Teil 4)

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L’ART.

et par la pureté de ses formes, et par la délicatesse de ses ornements, et par la richesse et
l’intensité des tons qu’il emploie. Les objets qu’il fabrique sont tout à la fois nombreux et variés;
les uns sont destinés aux étagères élégantes des boudoirs, les autres par leur importance et
leurs dimensions semblent dignes des musées publics et des riches galeries des collectionneurs
di primo cartello. J’ai parlé de ses belles lampes arabes, mauresques ou persanes; il ne traite pas
avec moins d’habileté les grandes plaques décoratives, les plats aux proportions gigantesques et
les coffrets de tous les styles.

Mais M. Imberton ne borne pas là ses essais, et il nous fait connaître une autre application
non moins précieuse de sa brillante industrie. Nous voulons parler de l’incrustation de l’émail
appliquée aux vitraux.

On sait de quelle faveur jouissent aujourd'hui les vitraux dans la décoration des intérieurs
élégants. Ils ornent également bien l’oratoire d’un château, le boudoir d'un appartement coquet,
ou la salle à manger d'un hôtel aristocratique. On en met partout, et il faut bien le reconnaître,
les artistes qui cultivent cette spécialité, très en vogue aujourd’hui, approprient avec beaucoup de
tact leurs sujets au style et à l’époque de la demeure qu’ils veulent décorer. Les grandes figures,
les tableaux de genre, les paysages et les fleurs naissent tour à tour sous leurs doigts savants.

Mais voici qu’au milieu de cette multiplicité de motifs que l’on croyait suffisants pour donner
satisfaction à tous les goûts, M. Philippe Imberton trouve encore le moyen de faire du nouveau.
Nous lui devons, en effet, un type de vitrail inconnu jusqu’ici : nous voulons parler du vitrail
décoré d’émaux cloisonnés, invention récente de cet esprit chercheur et curieux. Nous avons vu
l’émail ainsi cloisonné former sur la vitre des lacis étincelants, d'un dessin original et d’un
incomparable éclat, dans lequel la lumière se joue avec de capricieux reflets, de façon à produire
les effets les plus inattendus. On dirait parfois qu’ils arrêtent au passage les rayons lumineux, en
les embrasant d'un nouveau feu et en leur communiquant des splendeurs qu'ils n’auraient pas
eues sans lui. Cette application à la vitre de l’émail cloisonné est une des plus précieuses
conquêtes de notre industrie contemporaine. 11 ne faut point l’employer sans discernement :
l’usage est bon, l'abus est mauvais. Ces magnificences ne sont point partout à leur place ; mais,
quand la place est trouvée, le résultat obtenu est au-dessus de toute comparaison. Une note
merveilleuse s'ajoute à la symphonie des plus riches couleurs et en fait aussitôt monter le
diapason. Qu'un soleil oblique vienne à tomber sur la vitre incendiée et elle aura tout de suite
des flamboiements de pierreries. On dirait des émeraudes, des saphirs et des rubis en fusion.

Louis Énault.
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