Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 9.1874

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LE CHAPEAU DE PAILLE

rAU RUBENS

ette œuvre exquise cle Rubens- a
mis en campagne l’imagination des
chroniqueurs : elle représente une
jeune Anversoise, Mlle Lunden, que
le grand peintre connut vers la fin
de sa vie. Pourquoi Pierre-Paul,
s’est-on demandé, a-t-il reproduit
avec tant de soin ce beau modèle? Au
lieu d’en chercher les motifs dans son
art, dans l’admiration et l’inspiration,
les esprits vulgaires ont mieux aimé
lui supposer un mobile en harmonie
avec leur nature. Rubens, tourmenté par la goutte, épris d’ailleurs de
sa jeune femme, qui avait seize ans le jour de ses noces, quand il en
avait lui-même cinquante-trois, serait devenu amoureux de M1Ie Lunden,
aurait obtenu ses bonnes grâces et, pour célébrer ses joies furtives,
aurait consacré à l’enchanteresse les plus somptueuses couleurs de sa
palette. Gomme si la beauté, la grâce et l’intelligence ne pouvaient
charmer un homme supérieur sans l’attrait d’une liaison clandestine!
il y a pour le génie de hautes séductions, qui dominent même la volupté.
On ne le comprend guère de notre temps ; mais les chefs de grandes
époques, les fondateurs d’écoles le comprenaient, et Rubens était un
fondateur d’école.

Non-seulement l’anecdote relative à Mlle Lunden est invraisemblable,
mais elle ne s’appuie sur aucun texte et sur aucune preuve. La belle
Anversoise appartenait à une des meilleures familles de sa ville natale.
Rubens entretenait avec ses parents des relations de noble amitié : Nico-
las Lunden épousa plus tard Élisabeth, une de ses trois filles; jamais

IX. — 2e PÉRIODE. 4
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