Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 9.1874

Page: 326
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PARADOXES

III. LA CONTREFAÇON.

Je viens de rencontrer mon ami B... ; il était radieux. « Je l’ai enfin
vue, me dit-il, cette fameuse épée! c’est prodigieux. Dix amateurs s’y
sont trompés et l’ont prise pour un excellent original du xvi° siècle ; mais
Je marchand est un honnête homme, — ne riez pas, on en trouve encore.
— Il a fini par leur avouer la vérité, que son épée était moderne de
toutes pièces et qu’il entendait bien la vendre comme telle, ce qu’il a
fait.

— Parbleu, lui dis-je, voilà un beau sujet de joie! Pour un marchand
de bonne foi, vous en aurez cent qui vont exploiter votre fabricant d'épées
et s’en servir pour tromper les amateurs.

— Que les amateurs se défendent, reprit l’autre; cela n’est pas mon
affaire, je ne suis pas le Mentor des Téîémaques de la curiosité; ils ont la
loi et la police correctionnelle pour eux.

— A merveille ; mais du moment que la contrefaçon est si habile,
pourquoi ne pas vous approvisionner chez elle? Car enfin vous êtes des
maniaques qui payez bravement 10,000 fr. une épée ancienne, et ne
donnerez pas 25 louis d’une copie moderne si parfaite que vous vous
y trompez vous-mêmes.

— D’abord je nie cette prétendue identité. A distance l’erreur est
possible ; mettez côte à côte le modèle et la copie, pas un connaisseur
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