Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 9.1874

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METOPE TROUVEE A ILION

FAR M. IIEINRICII SCHLIEMANN

l y a quelques mois, il n'était bruit, dans le cercle des personnes qui
s’intéressent aux choses de l’antiquité grecque, que des fouilles de
M. Schliemann en Troade, du Trésor de Priam, et des Minerves à tête de
chouette constamment figurées sur les produits de l’art troyen. Osait-on
conseiller plus de réserve aux enthousiastes prôneurs de ces découvertes, insinuer
qu’il serait prudent d’aller voir la collection de M. Schliemann à Athènes avant d’en
parler, émettre surtout quelques doutes sur l’assimilation faite par M. E. Burnouf et
après lui par M. F. Ravaisson1, entre certaines représentations grossières et le Pal-
ladium des poëmes homériques, on passait pour un sceptique obstiné, pour un envieux
systématiquement préoccupé de dénigrer les travaux des autres.

Cet engouement a duré jusqu’au jour où l’on a pu jeter un coup d’œil à la dérobée
sur quelques photographies envoyées d’Athènes, jusqu’au jour surtout où M. E. Bur-
nouf, non content d’avoir lu sur un des objets rapportés de Troade le mot lAŒfiN, sur
un autre le nom de nPlAMOS, a découvert sur un troisième une inscription chinoise2 ;
dès lors, les admirateurs de la veille se sont hâtés de faire volte-face:

Plus n'a voulu l'avoir dit l’un ni l'autre.

Les bijoux de Priam sont devenus chypriotes pour ceux-ci, byzantins pour ceux-là,
barbares pour d’autres. La collection de M. Schliemann était formée d’objets ramassés
de droite et de gauche. — Peu s’en fallait que ses fouilles môme ne fussent mises au
nombre de ces mythes parmi lesquels la critique allemande avait depuis longtemps
relégué la guerre de Troie.

Ayant eu l’occasion de voir souvent à Athènes la collection de M. Schliemann, de
suivre campagne par campagne ses enrichissements rapides, je n’étais pas de ceux qui
en rêvaient pour le Louvre l’acquisition coûte que coûte et en bloc; je ne suis pas
davantage de ceux qui lui refusent toute importance scientifique. Les travaux fort con-
sidérables du voyageur allemand ont montré une fois de plus, après vingt autres, qu’il
est impossible de remuer ce sol, pétri de débris, de la Grèce et de l’Asie Mineure, sans

Jt. Dans les séances de l’Académie des inscriptions.

2. Revue archéologique, février 1874.
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