Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 9.1874

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PAN ET LES SATYRES

Pan, très-ancienne divinité pélasgique, est le gardien
des troupeaux qu’il a pour mission spéciale de faire
multiplier. Dieu des bois et des pâturages, protecteur
des bergers, il est venu au monde avec les cornes et les
jambes du bouc. Pan est fils de Mercure; il était tout
naturel que le messager des dieux, qui est toujours
considéré comme l’intermédiaire et le passage d’un
état à un autre, marquât la transition entre les dieux qui
ont la forme humaine et ceux qui ont la forme animale.
Il paraît néanmoins que la naissance de Pan causa une
certaine émotion à sa mère, qui fut effrayée de sa bizarre
conformation ; et les mauvaises langues prétendent
même que lorsque Mercure présenta son fils aux autres
dieux, tout l’Olympe éclata d’un fou rire. Mais comme
il peut y avoir là de l’exagération, il faut rétablir les
faits dans leur vérité, et voici ce que dit l’hymne homé-
rique sur cette étrange aventure: « Mercure vint dans
l’Arcadie féconde en troupeaux. Là s’élève le champ
sacré de Cvllène: en ces lieux, lui, dieu puissant, garda
les blanches brebis d’un simple mortel; car il avait
conçu le plus vif désir de s’unir à une belle nymphe,
fille de Dryops. Leur doux hymen s’accomplit enfin.
Cette jeune nymphe donna le jour au fils de Mercure,
enfant étrange à voir, enfant aux pieds de chèvre, au front armé de deux cornes.
A cette vue, la nourrice abandonne l’enfant et prend aussitôt la fuite : ce regard
horrible et cette barbe épaisse l’épouvantèrent. Mais le bienveillant Mercure, le rece-
vant aussitôt, le prit dans ses mains et son âme en ressentit une grande joie. 11 arrive
ainsi au séjour des immortels en cachant soigneusement son fils dans la peau velue d’un
lièvre de montagne : se plaçant devant Jupiter et les autres divinités, il leur montre
le jeune enfant. Tous les immortels se réjouirent à cette vue, surtout Bacchus, et ils
le nommèrent Pan; car pour tous il fut un sujet de joie. »

Dans la statue de Pan qui est au Louvre et dans toutes les autres représentations
qui nous restent de ce dieu, la tête a un caractère d’animalité très-bien exprimé par
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