Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 9.1874

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VICTOR BALTARD

ARCHITECTE

Le public passe trop souvent indifférent devant les
œuvres de l’architecte, ou arrêté par elles il leur donne
soit sa critique trop sévère, soit son admiration trop
inconsciente, et il néglige le plus souvent de s’informer du
nom de l’architecte; il se montre plus habile à retenir les
noms du peintre et du sculpteur qui ont contribué à
décorer l’édifice que le nom de celui qui a conçu l’ensemble
et en a dirigé toutes les parties. Victor Baltard échappe
toutefois à cette injustice commune. Son nom a été trop
associé à toutes les grandes œuvres architecturales du Paris
renouvelé, pour que l’annonce subite de sa mort n’ait pas
trouvé aussitôt dans tout le monde parisien un doulou-
reux écho. C’est aussi que, à ce moment fatal qui nous ravit nos gloires les
plus pures, nos artistes les plus aimés, la passion se sent désarmée, les mesquines
rivalités s’éteignent; chacun se sent en quelque sorte tourmenté d’un pieux sentiment
de reconnaissance pour celui qui a su contribuer par ses œuvres à l’illustration du
pays, et il ne reste plus qu’une seule et grande voix pour honorer le mérite et procla-
mer le talent.

Sans prétendre porter sur l’illustre mort un jugement qui appartient à la postérité,
mais sans résister à notre sentiment, et en nous efforçant de l’exprimer tout entier,
nous voudrions faire connaître l’artiste, signaler ses œuvres et rappeler sa vie, si pleine
d’enseignements précieux.

Victor Baltard, né le 19 juin 1805, était le fils de Louis-Pierre Baltard, architecte
et peintre, à qui la ville de Lyon doit le monumental Palais de justice qui dresse ses
belles colonnes corinthiennes sur les bords de la Saône. Cet homme de grand sens et
d’un caractère très-ferme voulut de suite armer son fils pour les luttes de la vie, et,
malgré sa position très-modeste, il lui fit faire complètement au collège Henri IV les
études classiques qui élèvent l’esprit. À dix-neuf ans, Victor Baltard entrait à l’École
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