Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 9.1874

Page: 79
DOI issue: DOI article: DOI Page: Citation link: 
https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/gba1874_1/0086
License: Free access  - all rights reserved Use / Order
0.5
1 cm
facsimile
PRÉTENDUES DÉCOUVERTES

DE

L’ENFANT SCULPTÉ PAR RAPHAËL

a Chronique a déjà dit un mot de « l’Enfant mort porté par un dauphin »,
groupe en marbre du musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg, récem-
ment retrouvé dans les magasins de ce musée et placé dans une de ses
nouvelles salles. On croyait, disions-nous d’après les journaux étrangers,
avoir acquis la preuve qu’il était l’œuvre de Raphaël. Justement intéressé par une
pareille annonce, nous avons fait en sorte de nous procurer la dissertation lue à l’Aca-
démie impériale des sciences de Saint-Pétersbourg, où M. de Guédéonow, directeur de
l’Ermitage, fait valoir ses raisons en faveur de cette illustre origine. Il y a joint deux
photographies, dont l’une reproduit le marbre en question, et l’autre un plaire à peu
près identique conservé au musée de Dresde.

Voici le résumé succinct de l’argumentation de M. de Guédéonow : Raphaël avait
certainement sculpté un enfant en marbre1; du moins son ami le comte Balthasar
Casliglione en était convaincu, puisqu’il écrivait, en 1523, à son intendant à Rome, de
chercher s’il n’était pas toujours en la possession de Jules Romain, et de s’informer du
prix que l’on en pourrait demander. Cavaceppi, sculpteur et restaurateur de statues, dans
un recueil des sculptures restaurées par lui, publié à Rome en 1768, a donné la gra-
vure « d’un dauphin qui reconduit au rivage l’enfant qu'il a involontairement tué en
le promenant en mer; ouvrage de Raphaël, exécuté par Lorenzetto, et présentement
possédé par S. Exc. le bailli de Breteuil, ambassadeur de l’ordre de Jérusalem auprès
du saint siège ». Parmi les plâtres de R. Mengs, acquis après sa mort (1779) parle
musée de Dresde, figure « l’Enfant mort de S. A. le duc de Parme ». Passavant, à qui
tous ces renseignements ont été empruntés, rattachant avec raison ce plâtre au marbre
mentionné par Cavaceppi (t. I, p. 205), ajoute qu’une répétition en marbre de dimen-
sions un peu plus petites a été exposée, en 1857, à Manchester. C’est d’elle que notre
regrettable collaborateur W. Bürger a dit, dans ses Trésors d’art : « Ce n’est pas
une belle œuvre, le dessin en est court et l’exécution ronde et molle. »

A ces faits déjà connus M. de Guédéonow en a ajouté quelques autres. Il a mis
hors de doute la provenance immédiate du groupe de l’Ermitage; il a prouvé que

1. Je laisse de côté le témoignage de la biographie anonyme de Raphaël publiée par Camotti, dont
Passavant a contesté l’authenticité.
loading ...