Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 9.1874

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L'EXTRÊME ORIENT AU PALAIS DE L’INDUSTRIE.

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armes et de certaines breloques pendant par-dessus la ceinture pour
servir de contre-poids à certains objets qui y étaient serrés : c’est ce que
Ton nomme, dans la curiosité européenne, les boutons japonais, expres-
sion fausse s’il en fut, mais qu’il faut bien adopter puisqu’elle a cours.
Or ces boutons, toujours intéressants, sont parfois des chefs-d’œuvre.
Indépendamment des masques dont il vient d’être question, on y trouve
des figurines, des groupes, des animaux, et souvent des caricatures reli-
gieuses ou civiles qui révèlent tout le côté sceptique ou sarcastique du
caractère japonais. Nous revoyons là le Cheou-lao grotesque, des bonzes
et des immortels, des ascètes et des moines mendiants groupés de la
façon la plus bizarre et la plus ridicule ; des agglomérations où la pudeur
n’est pas toujours respectée nous initient aux secrets de la famille et à
certaines misères conjugales; la femme maîtresse au logis s’y montre
aussi acariâtre, aussi violente que dans toute autre contrée du globe.
Puis ce sont des scènes gracieuses à figures ravissantes qui côtoient des
animaux combattant; une famille de singes superposés et entrelacés se
livrant ardemment à une chasse pédiculaire ; des souris creusant leurs
trous dans des fromages ou dans des fruits ; des pieuvres à figure
humaine; des sacs surmontés de têtes diaboliques; des jeux d’enfants...
Que pourrions-nous dire? tout ce que la nature bien observée, ou une
imagination riche en ressources comiques, peut suggérer pour servir de
prétexte à une œuvre de talent, se trouve réuni dans ces morceaux
minuscules. Aussi, malheur à celui qui s’arrêtera devant une telle col-
lection : l’intérêt, la curiosité, l’y cloueront pendant des heures et lui
feront presque oublier la visite des autres salles. Ce masque diabolique
en bois armé de dents et de cornes d’ivoire qui nous tire la langue
semble lui-même nous dire : tu t’y es laissé prendre! Effectivement,
combien de peintures curieuses qui sollicitent une étude spéciale ; et
ces albums sans nombre que signent des noms intéressants, ces meubles,
ces laques.

Il nous faudra donc y revenir plus tard par des monographies spé-
ciales, car en écrire plus long aujourd’hui ce serait fatiguer la patience
de nos lecteurs.

ALBERT JACQUEMART.
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