Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 9.1874

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

en 1852, il redevient administratif et Ton se plaint encore; en 1864,
il reprend sa forme élective et Ton se plaint toujours; si, en Tan de
grâce 1875, il n’y a plus de jury du tout, vous verrez qu’on se plaindra
plus que jamais. En disant on, nous disons les artistes, car le public
passe au tourniquet sans murmurer et sans s’inquiéter autrement de
ces misères.

Au demeurant, sur ce terrain brûlant de l’organisation de la petite
république des arts, comme sur toutes les questions où il s’agit de la
forme ou du principe d’une constitution, personne ne s’entend. Chacun
a son idée, ou plutôt personne n’en a jamais eu de bien nette; et Ton
pourrait, à ce propos, méditer ce qu’un spirituel académicien, dans sa
réponse à M. Ollivier, disait récemment de la politique. Les événements,
en effet, ont tant de fois déjoué les calculs les plus spécieux, ils ont si
brutalement convaincu d’erreur les principes les plus opposés, qu’on
n’en est plus à se demander où est la vérité, mais s’il y a une vérité! On
a entassé brochures sur brochures, articles sur articles, discussions sur
discussions; on s’est injurié, on s’est calomnié, on s’est battu pendant
un demi-siècle, c’est-à-dire depuis le jour fameux où David, s’écriant :
« Je fus autrefois de l’Académie! » marqua la chute définitive du pou-
voir prépondérant de la vieille institution royale, et Ton en est au même
point de division et d’incertitude : la cause mille fois jugée est encore
pendante.

Nous-mêmes, mon Dieu, si Ton nous y provoquait, nous aurions peut-
être la faiblesse de développer, sur ce sujet, des opinions et des idées
que naturellement nous estimons fort raisonnables. Mais à quoi bon? ne
vaut-il pas mieux, par le temps qui court, avec l’instabilité des hommes
et des choses, avec cette possibilité perpétuelle de perdre et d’obtenir
demain ce que réclament les convictions de chacun, observer le silence
d’une neutralité attentive?

11 est néanmoins un principe, contre lequel nous ne pouvons nous
empêcher de nous élever, qui, après avoir été plusieurs fois abandonné
et repris, semble être rentré définitivement dans nos habitudes, principe
que de bons juges, des esprits réfléchis et difficiles ont énergiquement
blâmé au nom des intérêts mêmes et de la destinée des expositions de
peinture : c’est l’annualité des Salons. Nous sommes en cela de l’avis de
Gustave Planche qui, toute sa vie, a lutté contre leur trop grande fré-
quence, et nous demandons, comme lui, que Ton se tienne au moins au
terme de deux ans. On nous dira bien que tout le monde y trouve son
compte : le public, les artistes et les feuilletonistes; que personne ne se
plaint et que les expositions annuelles répondent si bien à un goût géné-
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