L' art: revue hebdomadaire illustrée — 6.1880 (Teil 1)

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j8 L'ART.

d'occuper seuls les regards ; le règne des salons commençait. D'ailleurs la cour elle-même avait
changé. Ce n'e'tait plus le roi, c'étaient ses maîtresses qui faisaient la mode, non seulement pour
les robes, mais pour l'ameublement et le bâtiment. M,no de Pompadour a été en quelque sorte un
surintendant des beaux-arts ; elle avait donné le poste de directeur général des bâtiments du roi à
son frère, le marquis de Marigny, qu'elle avait envoyé d'abord se former le goût en Italie, et elle
exerça, directement ou par cet intermédiaire, une influence considérable sur le goût de l'époque.

Aussi en architecture rechercha-t-on davantage la commodité des aménagements intérieurs.
Les petits cabinets, les escaliers dérobés devinrent à la mode dans les nouveaux hôtels et jusque
dans les palais; Versailles eut ses petits appartements. « Ce changement dans nos intérieurs, dit
un admirateur contemporain, Patte, fit aussi substituer à la gravité des ornements dont on les
surchargeoit toutes sortes de décorations de menuiserie, légères, pleines de goût, variées de
mille façons. »

Les grands plafonds peints et les solives apparentes des planchers furent remplacés par les
plafonds blancs, unis ou décorés de rosaces et de cordons dorés; les cheminées se rapetissèrent
encore et furent surmontées de glaces. Celles-ci, que la manufacture de glaces, fondée pour
la première fois au faubourg Saint-Antoine en 1665, et établie, avec un privilège nouveau, à
Saint-Gobain en 1693, rendait accessibles aux fortunes moyennes, jouaient un rôle plus important
dans la décoration à mesure que les pièces devenaient plus petites : elles étendaient les
perspectives. « Par leur répétition avec celles qu'on leur oppose, dit l'écrivain que nous venons
de citer, elles forment des tableaux mouvants qui grandissent et animent les appartements, et
leur donnent un air de gaieté et de magnificence qu'ils n'avoient pas. »

La transformation qui s'opéra dans le goût n'était cependant pas à l'abri de la critique.
L'ornement devint capricieux et tourmenté, quoique toujours gracieux. La ligne droite sembla
proscrite. Tout s'arrondit, se tourna, cadres, moulures, fauteuils, meubles, pendules ; partout
de petits amours bouffis, des feuillages finement découpés, des guirlandes de roses, des lignes
enchevêtrées, dont l'ensemble coquet rappelait partout l'architecture du boudoir. Ce style, qu'on
désigne sous le nom de rococo, ou style Pompadour, domina pendant tout le règne de Louis XV
dans les arts et dans les industries qui empruntent aux arts leurs modèles.

La nouvelle école eut ses architectes : Boffrand (1667-1754), le constructeur du Petit
Luxembourg; Robert de Cotte (1656-1739), ^ ^t *a colonnade de Trianon et le bâtiment de
l'abbaye de Saint-Denis approprié aujourd'hui pour les jeunes pensionnaires de la Légion
d'honneur; Leroux, le plus habile décorateur de son temps; Oppenord (1672-1742), qui
travailla à l'église Saint-Sulpice. Mais le goût du temps ne favorisait pas les grandes œuvres
architecturales.

Il n'était pas beaucoup plus propice à la grande peinture. Mignard est le lien du siècle de
Louis XIV et de celui de Louis XV. Directeur des Gobelins après la mort de Lebrun, peintre
ordinaire du duc d'Orléans, il a pour ainsi dire un pied dans les deux camps; il appartient
encore au grand siècle par sa vie (1610-1695') et par le caractère général de ses œuvres; mais il
y mêle une certaine grâce molle et quelque peu prétentieuse, qui peut passer pour le prélude
de la peinture de boudoir.

On entre de plain-pied dans le style nouveau avec Watteau (1684-1721) et on en voit
l'épanouissement dans les peintures de Lancret (1690-1743), « le peintre des fêtes galantes »,
de Natoire, (1700-1777), de Fragonard (17 3 2-1806), et surtout de Boucher, son maître. Boucher
(1703-1770) est le véritable type du xvinc siècle; il en a la facilité et la grâce, mais
aussi l'affectation. Ses bergères sont plus maniérées que celles de Florian. Son dessin, trop
rapide, reste toujours à l'état de croquis ; la couleur fantastique de son ciel, de ses eaux, de ses
arbres, le fait ressembler à un peintre de décors ; mais il rachète ses défauts par l'esprit, la
vivacité, la grâce mignarde et par une entente parfaite de l'art décoratif.

Certains artistes s'efforçaient de conserver quelque chose de la dignité du pinceau; mais les
applaudissements n'étaient pas alors pour eux. « Je crois, écrivait Diderot en 1767, que l'école a
beaucoup déchu et qu'elle déchoira davantage. Il n'y a presque plus aucune occasion de faire de
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