L' art: revue hebdomadaire illustrée — 6.1880 (Teil 1)

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CHRONIQUE FRANÇAISE ET ÉTRANGÈRE.

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tabatièredu siècle dernier, n" 3 386, portant à son couvercle une
vue de Paris au fixe' ; — cinq enseignes de maisons et de bou-
tiques parisiennes, en fer forgé et repoussé; — quatre fragments
d'ustensiles en or, dont un style, trouvés dans les fouilles de
Paris ; — un cadran solaire en bronze du siècle dernier, enlevé
dans un jardin de Paris ; — une épée aux armes des Exempts
de la Ville de Paris ; — la collection de menus objets divers,
bronzes, boucles de harnachement, ustensiles de toute nature
des temps antiques et du moyen âge, trouvés dans les travaux
de Paris et contenus dans deux vitrines plates placées dans l'an-
tichambre du côté de la nouvelle bibliothèque ; — le nécessaire
de voyage de Napoléon I<"' donné à la Ville par le général Ber-
trand ; — enfin une petite figure équestre de Charlemagne quia
appartenu jadis au chevalier Alex. Lenoir, a été vendue par son
fils à Mm0 Ewans Lombe et a été acquise, à la mort de cette
dernière, par la Ville. Ce précieux bronze a une très grande
importance archéologique.

Tels sont les objets actuellement au musée Carnavalet qui

seront conservés. Ils seront disposés dans les étages supérieurs
avec les gravures, les vues de Paris, les esquisses des déco-
rations, les collections de portraits, etc. D'après le vœu formulé
par le conseil municipal dans sa séance du 21 février, le musée
sera considéré dorénavant comme le complément de la biblio-
thèque. « Nous désirons, a dit M. Ulysse Parent, que ces deux
établissements qui s'adressent au même public, qui tendent au
même but, qui doivent être consultés dans les mêmes conditions
pratiques, soient désormais amalgamés l'un à l'autre; que le
travailleur qui se rend à l'hôtel Carnavalet puisse, sans se dé-
ranger, sans quitter sa plume ou son crayon, consulter simulta-
nément les documents de toute nature recueillis à son usage.»
C'est pour donner satisfaction à ce désir qu'il a été décidé que
les deux services du musée et de la bibliothèque seraient réunis
en un seul sous une direction unique. M. J. Cousin, le savant
et obligeant bibliothécaire de Carnavalet, semble tout désigné
pour une telle fonction.

Victor Champier.

CHRONIQUE FRANÇAISE ET ETRANGERE

France.— L'Académie des beaux-arts, dans sa séance du sa-
medi 21 février, a reçu la visite du duc d'Aumale ; le nouvel
académicien a été présenté, selon l'usage, par le secrétaire
perpétuel, M. le vicomte Henri Delaborde. Ensuite, l'Académie
a entendu la lecture des lettres par lesquelles MM. Gustave
Chouquet, du Sommerard et G. Duplessis posent leur candida-
ture à la place d'académicien libre, vacante par suite du décès de
M. de Montalivet. A ces trois noms, on a ajouté, sur l'obser-
vation d'un membre, celui de M. Barbet de Jouy, l'éminent
administrateur de nos musées nationaux. L'élection doit avoir
lieu dans la prochaine séance de l'Académie.

Académie des inscriptions et belles-lettres. — Dans la séance
du 6 février, à propos d'un livre d'Heures ayant appartenu à
Jean, duc de Berry, livre magnifiquement illustré de vingt-quatre
grandes peintures, donné au duc de Bou rgogne, Jean-s;.ns-Peur
et ayant fini, avec la plus grande partie de la librairie des ducs
de Bourgogne, par tomber dans la précieuse collection de la
Bibliothèque royale de Bruxelles, M. Léopold Dclisle a fait con-
naître les noms des deux artistes auxquels sont dues les illustra-
tions en question. Les deux premières sont d'André Beauneveu
dont Froissart a dit : « Dessus ce maistre Andrieu, n'avoit pour
lors meilleur ne le pareil en nulles terres. » André Beauneveu
était aussi adroit à manier le ciseau que le pinceau. Charles V
le chargea, en 1364, de diriger les ouvriers qui travaillaient aux
tombes royales de Saint-Denis. C'était le plus habile des artistes
que le duc de Berry entretenait dans son château de Mehun-
sur-Yèvre. L'auteur des autres tableaux du livre d'Heures (on
en a la preuve dans un inventaire inédit des livres et joyaux du
duc de Berri, de 1401) est Jacquemart de Odin ou de Hesdin.

— Dans sa séance du 13 février, l'Académie a admis M. J.
Reinach à faire une communication relative à une découverte
archéologique. Au mois de novembre dernier, pendant le séjour
qu'il a fait à Damas, un paysan syrien est venu proposer à
M: J. Reinach deux bas-reliefs en pierre provenant de Palmyre.
Ces-bas-reliefs, placés sous les yeux de l'Académie, sont destinés
par leur possesseur actuel au musée du Louvre. Le premier de
ces monuments, haut de o m. 90, large de o m. 40, porte
une inscription à son rebord supérieur. Il représente un jeune
homme, vêtu de la toge romaine, tenant un rameau d'oli-
vier à la main. Le travail, assez rudimentaire, paraît de la fin
du ii« siècle. Sauf l'épaule (froissée et restaurée en plâtre)
et la tète (qui aura été martelée et refaite plus tard), l'état de
conservation du morceau est très satisfaisant. Mais l'interruption
du cadre de pierre à gauche du personnage prouve que celui-ci
faisait partie d'une composition plus grande, dont un fragment

seul nous est parvenu. L'autre fragment représentait le père du
personnage, comme l'atteste l'inscription, que MM. de Vogué et
Renan restituent ainsi : Selem Matabol bereh (Image de Matabol,
son fils). Le nom de Matabol existait déjà dans les monuments
publiés par M. de Vogué, comme étant celui d'une tribu de
Palmyre ou des environs.

Le second bas-relief (haut de o m. 45, large de o m. 50)
présente un travail relativement délicat. Il appartient à une stèle
funéraire qui nous montre, suivant une coutume très connue
des païens, le mort, auquel un serviteur ou un parent vient offrir
des mets. Le défunt, couché sur un lit aux coussins rayés, paraît
être un grand personnage : appuyé sur le coude gauche, il re-
garde le spectateur; à en juger par la tète du serviteur, il est à
regretter que celle du maître soit mutilée.

— Dans la même séance, M. Léopold Delisle a fait hommage,
au nom de M. L. Courajod, de la brochure intitulée : Léonard
de Vinci et la statue de François S/or^a. Nos lecteurs n'ont cer-
tainement pas oublié ce remarquable travail dont l'Art leur a
donné la primeur.

La propriété artistique. — Ainsi que nous l'avions fait
prévoir dans notre dernière chronique, la commission parle-
mentaire chargée d'examiner le projet de loi sur la propriété
artistique a entendu MM. Delaborde, secrétaire perpétuel de
l'Académie des beaux-arts, Eug. Guillaume, Paul Dubois et
Meissonier. Ces honorables membres de la commission, en
réponse à diverses questions qui leur ont été posées par M. Bar-
doux, rapporteur, ont fait connaître leur opinion sur divers
points importants du projet.

M. Meissonier désirerait que le délai de cinquante ans de
propriété exclusive accordé aux héritiers ou ayant droit de l'au-
teur d'une œuvre artistique, délai qui court à partir du décès,
fût augmenté. Il reconnaît que le point de départ est bien fixé
à la mort de l'artiste. Il lui maintient le droit de faire des copies
de son œuvre, à la condition d'y appliquer une marque qui
signale que c'est une copie. Il pense que le droit de reproduction
laissé à l'artiste par le projet de loi existe vis-à-vis de l'Etat
comme vis-à-vis des particuliers.

La commission est d'accord avec MM. Meissonier, Guillaume
et Paul Dubois, pour reconnaître que le droit de reproduction
ne s'applique pas au portrait, et que le propriétaire n'est, dans
aucun cas, tenu de laisser prendre copie de l'œuvre d'art qu'il a
acquise. On reste d'accord aussi pour remplacer dans le projet
de loi les mots : reproductions ou imitations, par ceux-ci : repro-
ductions totales ou partielles.

M. Meissonier maintient l'exception contenue dans la loi au
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