L' art: revue hebdomadaire illustrée — 6.1880 (Teil 1)

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Cheminée en rouge antique du
(Collections du Palais de San Donato.) —

Salon de Fortuny.
Dessin de Ch. Kreutzberger.

La porcelaine de Saxe se présente ici de la façon la plus aimable et la plus discrète, cédant
le pas à une réunion considérable et sans rivale de richissimes spécimens de porcelaine de
Vienne.

La céramique autrichienne est fastueuse entre toutes; on n'exagère rien en disant qu'elle
prodigue la somptuosité à pleines mains.

Son système décoratif lui appartient bien en propre et c'est beaucoup d'avoir son originalité
nettement caractérisée. C'est mieux encore, partant d'un principe fondamental d'ornementation
dont la dominante est invariablement or sur or, c'est mieux encore de ne s'être pas laissé aller à
une débauche de cossu et d'avoir réussi à se maintenir dans les difficiles limites du goût,
légitime éloge qu'ont tout droit à réclamer les céramistes viennois dont l'habileté prodigieuse, —
je devrais dire le très remarquable talent, — s'attaque sans hésiter à une tâche bien autrement
ardue, la reproduction des principaux chefs-d'œuvre du Musée du Belvédère. Rubens, par
exemple, n'a pas précisément les allures qui attirent d'habitude les peintres sur porcelaine ; la
fougue du génie n'est guère leur affaire. A Vienne on n'a pas été de cet avis ; on est allé droit au
géant et, je suis obligé de le reconnaître, parmi les nombreuses pièces du grand service acquis
par le Prince Démidoff de San Donato, service qui est probablement unique tant par son
importance que par son luxe, les plats et les assiettes dont l'ombilic reproduit quelques-uns des
prodigieux Rubêns du Belvédère, l'emportent sur tous les autres. La perfection de la peinture est
telle, qu'elle vous attire bien avant le superbe marli « où tant d'or se relève en bosse », où sont
exécutés cependant au milieu du relief des rinceaux, des entrelacs, des arabesques d'or, de si
charmants petits camaïeux qui donnent à l'œil un intelligent repos et empêchent la fatigue de
naître à la vue d'un si constant éblouissement de richesse. Le goût s'impose en maître qui défend
de verser dans les excès dorés et introduit ses grâces séduisantes sans lesquelles on se trouverait
en présence d'un décor fort cher, mais menaçant de tomber en pleine lourdeur, un genre de
chute dont on ne se relève pas auprès des délicats.

i. Voir l'Art, 5* année, tome I«, page J2j ; tome II, page 305, et tome IV, pages 151, 184, 200, 245 et 293, et 6'année, tome lor, pages j,
41, G8, 93, 109 et IJ7.
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