L' art: revue hebdomadaire illustrée — 6.1880 (Teil 1)

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L'ART.

originalité M. le colonel Leclercq, conservateur du musée d'artil-
lerie, aux Invalides, organise une galerie des costumes militaires
qui n'a pas sa pareille au monde et que, depuis leur visite h
Paris, lors de l'Exposition de 1878, la plupart des conservateurs
de musées analogues de l'étranger cherchent à imiter et veulent
reproduire. De nouvelles salles viennent encore d'être ouvertes
au public; elles nous montrent deux suites de mannequins des
plus intéressantes, représentant des guerriers grecs, dont les plus
anciens appartiennent à l'époque commençant trois cents ans
avant notre ère, et des soldats romains, reproduisant les cos-
tumes portés depuis la fin de la République jusqu'au Bas-
Empire. Ici on a devant les yeux un archer composé d'après
le fronton du temple d'Égine; là, un peltaste, armé à la légère,
et fait d'après une fresque trouvée à Florence ; plus loin, c'est
un hoplite, avec sa lourde armure de bronze. Tout cela est
merveilleux d'exactitude et de soin dans les moindres détails.
La période romaine n'est pas moins curieuse; elle comprend
douze personnages qui sont : un soldat de la fin de la Répu-
blique, d'après un bas-relief du Louvre; un empereur de l'époque
des Antonins; un tribun militaire, d'après une pierre tumulaire;
un porte-enseigne, d'après la colonne Trajane; un soldat, d'après
un des bas-reliefs de l'Arc de Trajan; un centurion tenant à la
main la vitis (cep de vigne) avec laquelle il corrigeait les soldats
récalcitrants; un cavalier, d'après la colonne Trajane; un soldat
en marche portant son bagage sur le dos; trois gladiateurs, etc.
L'activité dont témoigne le conservateur de ce musée est
d'autant plus remarquable que le crédit à lui accordé est plus j

| insignifiant, et devrait servir d'exemple à bon nombre de ses
confrères de Paris et de la province.

Le Musée de l'Opéra. — Deux crédits de 100,000 francs
ont été inscrits aux budgets de 1879 et de 1880 (ministère
des travaux publics) pour installer dans le pavillon de gauche
du théâtre de l'Opéra, réservé à l'origine au chef de l'État.
« la bibliothèque musicale et dramatique, les collections
d'estampes et de costumes que possède l'Opéra ». Les travaux
sont actuellement assez avancés pour qu'on puisse permettre
au public, dans le courant de cette année, de consulter les
collections. Le grand salon circulaire servira de salle de lecture;
à côté sera disposée la bibliothèque. La galerie destinée d'abord
à un fumoir et qui fait le pendant de la galerie du glacier,
deviendra un musée ouvert pendant le jour et pendant les re-
présentations; on y réunit des dessins originaux de costumes et
de décors, des autographes et des documents intéressant l'his-
toire dramatique, des portraits, des bustes, etc.

Voilà un excellent projet qui fait très grand honneur à
l'initiative de M. Ch. Nuitter, l'archiviste du théâtre de l'Opéra.
Pourquoi M. Perrin, l'éminent administrateur de la Comédie-
Française, n'organiserait-il pas, de son côté, un musée public
avec les riches et nombreux éléments dont il dispose? La place
manque, dira-t-on. Avec un homme comme M. Perrin, artiste
jusqu'au bout des ongles, et soucieux, comme lui, de mettre en
lumière tout ce qui peut servir à l'histoire dramatique, nous ne
pensons pas qu'un argument de cette nature puisse être un
obstacle insurmontable.

CHRONIQ.UE FRANÇAISE ET ETRANGERE

M. Philippe de Saint-Albin, dont nous avons eu le
regret d'annoncer la mort, au mois de novembre dernier, a
légué à divers musées et établissements publics un nombre très
considérable d'objets d'art qui faisaient partie de sa collection,
et dont voici les principaux :

Au musée du Louvre, un tableau de Lenain, provenant de
la galerie de M. de Saint-Albin père;

Un coffret en e'mail, offert par Louis XV à i'Impératricc de
la Chine, et rapporté du Palais d'Été;

Trois dessins de Moreau le jeune, deux représentant la
mort de Louis XV, un la place de la Concorde;

Un quatrième, du chevalier de l'Espinasse, représentant le
Palais-Royal ;

Deux couteaux, aux armes de Henri IV et Marie de Médicis i
et leur ayant appartenu.

A la Bibliothèque nationale, la bague de Guay, représentant
Marie-Antoinette ;

Une intaille antique, représentant le Timoléon;

Deux camées, l'un représentant Louis XVI, l'autre antique,
représentant l'Antonia.

Au musée d'artillerie, le sabre que le général Hoche reçut
du Directoire pour la pacification de la Vendée.

A la Comédie-Française, le tableau original de Monciau,
représentant Molière faisant lecture de Tartuffe chez Ninon
de Lenclos, ainsi que :

L'exemplaire sur peau-vélin du Mariage de Figaro, ayant
appartenu à Beaumarchais, avec les dessins originaux de Saint-
Quentin.

Au musée céramique de Sèvres, une douzaine d'assiettes
de Marly-Impérial, peintes par les plus grands maîtres de
l'époque.

Au musée du Mans, le grand tableau de David, repré-
sentant la famille du père Gérard, ainsi que le tableau de
Desjoberts désigné sous le nom de Préau de Charenton.

Au musée de Lyon, des tableaux de fleurs de Jaccobbert, de
Baptiste et de Tournier.

Au musée de Lille, un plat à barbe en faïence du xvin° siècle,
représentant des Lillois se faisant raser dans un éclat d'obus.

Le choix de ces œuvres témoigne du goût éclairé de M. de
Saint-Albin. En les laissant par son testament aux établissements
publics, il prouve que chez lui le patriotisme était au niveau du
goût artistique. Puisse cet exemple trouver de nombreux
imitateurs.

Nous aurons sans doute occasion de revenir sur la collection
de M. de Saint-Albin.

France. — Parmi les tableaux qui ont été détruits dans
l'incendie du Palais des Tuileries, en mai 1871, se trouvait une
très curieuse peinture de Paulin Guérin d'après une composition
de Pierre Mignard; elle représentait « Anne d'Autriche, reine
régente, soutenant le sceptre de Louis XIV et donnant des ins-
tructions à ses fils », et mesurait 2m.S5 de haut sur 2™,22. On
avait prétendu que cette toile avait été sauvée et reléguée dans
les greniers du Louvre; on n'eût pas propagé pareille erreur si
l'on s'était souvenu que cette toile était encastrée dans un des
grands appartements du premier étage des Tuileries, le Salon de
Louis XIV, près de la salle à manger.

Angleterre. — Le Dritish Muséum vient d'acquérir la très
importante et remarquable collection Crace qui était exposée au
South Kensington Muséum et qui se compose de plans et de
vues de Londres, de dessins et de portraits d'une extrême rareté.

— L'Academy croit savoir que M. Ruskin enverra un de
ses dessins de Saint-Marc de Venise à la prochaine exposition
de la Société des aquarellistes.

Belgique. — Exposition historique de l'art belge en 1880.
— La commission directrice vient d'adresser aux artistes belges
et aux artistes domiciliés en Belgique une circulaire pour leur
rappeler qu'on veut ouvrir, l'année prochaine, une exposition
des œuvres marquantes produites depuis 1830, et leur demander
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