L' art: revue hebdomadaire illustrée — 6.1880 (Teil 1)

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CHRONIQUE FRANÇAISE ET ÉTRANGÈRE

France. — L'Académie des beaux-arts, dans sa séance du
6 mars, a nommé, en remplacement de M. de Montalivet comme
membre libre, M. Barbet de Jouy, administrateur des musées na-
tionaux. Trois candidatures avaient été posées dans la précédente
séance, celles de MM. Gustave Chouquet, Georges Duplessis et Du
Sommerard. C'est sur l'observation spontanée d'un académicien
que le nom de M. Barbet de Jouy fut, au dernier moment, ajouté
à cette liste. Une charmante improvisation de M. Hébert avait
d'avance gagné cette courtoise bataille. M. Barbet de Jouy a été
nommé, après quatre tours de scrutin, par vingt-trois voix.
Quels que soient les mérites de ses concurrents, et en premier
lieu de M. Georges Duplessis, nous pensons que le choix qui a
été fait de l'éminent administrateur de nos musées ne doit sur-
prendre personne, et qu'un tel hommage était hautement dû à
l'homme qui sut, en [871, préserver si vaillamment nos collec-
tions nationales contre les dangers qui les menaçaient.

École des beaux-arts. — Conformément aux règlements,
M. Paul Dubois, directeur de l'École, vient de faire paraître son
rapport annuel sur les travaux accomplis par les élèves et les
changements survenus durant l'année 1879 dans l'établissement
dont les destinées lui sont confiées. Ce document est extrême-
ment intéressant à divers points de vue, et tout d'abord au point
de vue de l'enseignement et des réformes que l'éminent artiste
cherche à y apporter. Voici ce dont il s'agit.

On se rappelle peut-être que, l'an dernier, en analysant le
nouveau programme des études arrêté par le conseil supérieur
de l'École, nous signalions l'heureuse innovation qui donnait aux
élèves des diverses sections — peintres, sculpteurs ou architectes —
la faculté d'étudier à la fois dans chacun des ateliers. Nous insis-
tions en même temps sur l'influence considérable qu'une telle
mesure pouvait avoir sur l'éducation artistique des élèves. En
effet, le grave défaut des méthodes d'enseignement jusqu'ici en
vigueur, c'est la rigueur avec laquelle les spécialités sont établies
et inexorablement circonscrites. La modification adoptée per-
mettra d'établir entre les ateliers de sections différentes un rou-
lement qui donnera aux élèves les notions indispensables des
branches de l'art auxquelles ils restaient étrangers. En allant de
temps à autre dans l'atelier du sculpteur, le peintre apprendra,
au moyen de figurines en relief, à se rendre compte de l'exacti-
tude d'un mouvement, ainsi qu'à exprimer le relief; d'un autre
côté, l'architecture lui rendra plus facile l'invention d'un motif
d'encadrement ou de toute autre décoration.

Les sculpteurs, à leur tour, apprendront chez les peintres à
serrer les contours, h noter d'une façon prompte et sûre les im-
pressions, les scènes qui les auront frappés dans la nature et qui
sont la source intarissable où les artistes doivent toujours puiser;
la fréquentation des architectes leur enseignera quelles formes
peut affecter un fragment d'architecture destiné à recevoir une
statue et par quelles relations les deux oeuvres peuvent se lier
l'une à l'autre. Enfin les architectes, en étudiant avec les peintres
et les sculpteurs, acquerront la souplesse dans le dessin, com-
prendront mieux les saillies et les effets et pourront, au besoin,
compléter un projet par l'indication de la tournure qu'ils dési-
reraient voir aux figures faisant partie de leur décoration.

Afin de parvenir aux heureux résultats qu'il se promet avec
la nouvelle méthode d'enseignement, M. Paul Dubois propose
au conseil supérieur de l'École d'établir un concours qui devrait
comprendre, selon lui, l'exécution d'une ligure dessinée, celle
d'une figure modelée, la composition et l'étude d'un élément
analytique d'architecture. « Je demanderai même davantage,
ajoute M. P. Dubois; c'est, dans les sections de peinture et de
sculpture, d'obliger tous les élèves à dessiner et à modeler.

Chacun de nous est persuadé, je crois, que peintres et sculp-
teurs ne peuvent qu'y gagner à cette communauté d'études
premières. »

En outre, pour compléter ses réformes, l'éminent artiste
voudrait familiariser les jeunes gens avec le travail du marbre, en
mettant à la disposition des élèves sculpteurs de petits blocs
dans lesquels ceux-ci sculpteraient sans mise au point, ou du
moins avec quelques repères seulement, la copie d'une tète ou
d'un fragment ancien. « Ce travail du marbre, dit-il, qu'on aban-
donne aujourd'hui trop souvent au praticien, a toujours été en
honneur aux belles époques de l'art. Non seulement il est indis-
pensable au sculpteur pour l'expression de la forme, mais il doit
imprimer à toute l'éducation artistique une direction salutaire.
Je suis persuadé que l'obligation de procéder par grands plans,
bien plus impérieuse avec le ciseau qu'avec l'ébauchoir, ferait
mieux comprendre aux jeunes gens l'interprétation large de la
nature et leur donnerait le goût d'un style plus élevé. » Là
encore, il s'agirait de créer un nouveau concours auquel il fau-
drait affecter une petite somme que ne refusera pas, espérons-le,
l'administration.

Enfin, M. Paul Dubois désirerait,avec grande raison, que la
chimie pratique des couleurs et les procédés matériels de la pein-
ture occupassent dans les cours une place plus large. Ces études
sont malheureusement fort longues, il ne se le dissimule pas ; mais
il serait bien désirable que les jeunes peintres eussent des données
certaines sur des procédés qui ont une si grande importante pour
la conservation de la peinture, ainsi qu'on en peut malheureu-
sement juger par bien des peintures modernes.

Salon de 1880. — Dans la séance du 6 mars, M. Ulysse
Parent a demandé au conseil municipal de faire auprès de
M. Turquet une démarche afin que les peintres et sculpteurs qui
ont pris part aux récents concours de la ville de Paris obtiennent
un sursis pour envoyer leurs oeuvres au prochain Salon. Le délai
de rigueur expire le20 mars; or, les concours municipaux ayant
pris beaucoup de temps aux artistes et ayant forcé ceux-ci à
ajourner leurs travaux habituels, M. Ulysse Parent pense qu'on
pourrait, sans inconvénient, leur accorder la faveur qu'il réclame
pour eux. Cette proposition a été renvoyée à l'administration,
qui la soumettra à qui de droit.

Le prix des Gobelins. — On sait que ce prix, institué en
1879, sur les mêmes bases que le prix de Sèvres, après une
double épreuve, a une valeur de 6,000 francs. Le sujet du con-
cours dont le premier essai a été jugé, on s'en souvient, il y a
quelques mois, était un modèle de tapisserie, laquelle est desti-
née à décorer la chambre de Mazarinà la Bibliothèque nationale,
et doit représenter, d'après le programme, la Gloire des lettres,
des s ciences et des arts dans l'antiquité. Trois projets, ceux de
MM. François Ehrmann, Joseph Blanc et Monchablon, avaient
été désignés au concours d'essai, et une somme de 1,000 francs
avait été attribuée à leurs auteurs pour que ceux-ci prissent
part à l'épreuve définitive. Au dernier moment, M. Blanc, frappé
par un deuil de famille, et souffrant lui-même, s'est dérobé, en
sorte que deux concurrents seulement se sont trouvés en pré-
sence. Les projets de MM. Ehrmann et Monchablon, compre-
nant, outre le carton de la tapisserie réduit au tiers, une partie
de leur composition, grandeur d'exécution, ont été exposés à
l'École des beaux-arts du 4 au 8 mars. Le jury, composé du con-
seil de perfectionnement de la manufacture des Gobelins, a
accordé le prix à M. François Ehrmann dont l'œuvre, exécutée
en tapisserie, sera la propriété de l'État.

— L'Union centrale des beaux-arts appliqués à l'industrie
vient d'ouvrir un nouveau concours pour la création d'un
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