L' art: revue hebdomadaire illustrée — 6.1880 (Teil 1)

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190 L'ART.

donnait à sa démarche une si adorable langueur que Salikoff, n'y tenant plus, aborda de nouveau
ces -dames et murmura quelques mots à l'oreille de la maman.

— Il a mordu, dit Jean; le poisson est ferré! — Mon prince, vous épouserez ou vous direz
pourquoi... Ah! le malheureux! Il a pris le carton et la boîte de la Portenville... Il lui offre le
bras resté libre... Et la fille, quelle tranquillité souveraine! c'est Cléopâtre suivie par Antoine et
lui faisant perdre la bataille d'Actium !

Louis Leroy.

{La suite prochainement.)

MÉRIMÉE CRITIQUE D'ART

SALON DE i8n'

n 185:3, les rôles avaient changé. Mérimée venait de donner sa démission
d'inspecteur général des monuments historiques et d'accepter le titre de
sénateur. Ce n'était plus un critique libre et anonyme mais un familier
du pouvoir chargé d'une fonction quasiment officielle et rendant ses arrêts
dans le journal même du gouvernement. L'art français était, au reste,
dans une période de transition. A l'exception de Marilhat, la grande
génération de 1830 existait tout entière, mais bien dispersée. Delacroix
n'exposait que rarement; Decamps, enfermé dans sa terre du Veyrier,
ne travaillait presque plus. Garantis des verdicts du jury par leur titre
d'exempts, Corot, Paul Huet, Th. Rousseau n'avaient pas encore la
vogue ; Barye, Rude, David d'Angers (en exil), ne donnaient plus signe
de vie; la jeune génération, bien pauvrement représentée encore, cher-
chait sa voie ; Courbet continuait ce duel du réalisme contre le goût
bourgeois où il avait eu l'honneur de tirer le premier coup de pistolet.
A ce Salon de 185"3, il ne'se présentait donc aucun « homme nouveau ».
Le premier article de Mérimée a été visiblement écrit au sortir

[ Lettre Je G. Mitelli 2. r

même du Salon 3. Pour excuser la forme hâtive de ses impressions, il
plaide des circonstances atténuantes, toujours justifiées : le mal de tête, l'odeur du vernis, le
soleil, et résume en quelques mots le souvenir des tableaux et des statues qu'il a vus. Il loue
fort l'agencement de l'hôtel des Menus-Plaisirs où l'exposition était installée, et commence aussitôt
son énumération. Il faut lui rendre cette justice que le premier nom venu sous sa plume est
celui d'un artiste, mort sans avoir obtenu la célébrité qu'il aurait méritée, Louis Duveau.
« M. Duveau, dit-il, à propos de la Mort d'Agrippine, a trouvé un geste hardi, tragique et point
ignoble, ce qui était difficile, pour rendre ce scabreux Ventrem feri de Tacite. » — J'ai retrouvé
l'énergie et la brillante couleur de M. Eugène Delacroix dans ses Saintes Femmes. » Le véritable
titre de ce tableau était bien plus long : a Après le martyre de saint Etienne, des disciples et
des saintes femmes viennent pieusement relever son corps pour l'ensevelir ». Delacroix avait
encore envoyé les Disciples dEmmaùs et Des Pirates africains enlevant une jeune fille, dont
Mérimée ne parle point. « M. Chassériau, dit-il, pourra bien se faire une affaire avec les

1. Voir l'Art, 6e année, tome Ier, page 118.

2. Tirée de l'Alfabeto in sognOj excmplarc per discgnare di Giuseppe M' Mitelli, pittore Bologncse. MDCLXXXIII.

3. Ce premier article a paru le 16-17 ma> (lendemain de la Pentecôte; les deux autres sont datés du 5 juin et du 8 juillet.)
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