L' art: revue hebdomadaire illustrée — 6.1880 (Teil 1)

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i,-o L'ART.

lui faisant acheter des mines dans le pays où naquirent les Bona- | consul d'un souverain exotique, et vingt autres qui, s'ils avaient
parte et Jansoulct y est nommé député h grand renfort de rastels. \ été dans la salle, se seraient reconnus rien qu'à la rougeur qui

Reste pour ce dernier cas la question de la validation. Malheu-
reusement le rapport relatif à l'élection de Jansoulet a été dicté
par Mn'° Hemcrlingue, une ancienne femme du harem du bey
de Tunis, dédaignée par Jansoulet et pour ce fait devenue son
ennemie intime. On fait peser sur l'honorabilité de Jansoulet
des soupçons qui devraient atteindre un autre Jansoulet, le frère
aîné du Nabab. Ce dernier n'aurait qu'un mot à dire pour se
disculper, mais s'il parlait il atteindrait au cœur sa vieille mère,
une brave paysanne de Saint-Andéol ; et, bon jusqu'à l'abnéga-
tion, Jansoulet renonce à se défendre et abandonne la lutte
brisé, découragé, écœuré par toutes les hontes dont on l'a écla-
boussé.

Aucune amertume ne lui est épargnée. Il aime passionnément
une célèbre artiste, Félicia Ruys, et lui offre sa main en des
termes émouvants. La créature bizarre et fantasque refuse et
préfère se déshonorer gratuitement au profit de la mémoire
galante du duc de Mora qui vient de mourir subitement.

Vilipendé, honni, abandonné de tous, Jansoulet qui sous
les dehors d'un Turcaret cache des besoins de loyauté, des réser-
ves de tendresse, des entraînements sincères et bien humains,
ne retrouve un peu de calme que dans cette famille Joyeuse,
entrevue comme une aurore au premier acte. Il dote une
des filles et la marie à Paul de Géry, le seul ami qu'il eût
jamais eu et dont il emporte l'estime. Puis il part avec sa vieille
mère à la recherche d'un endroit écarté...

Où d'être homme d'honneur il ait la liberté.

Ce qui donne une saveur particulière à la comédie de
MM. Alphonse Daudet et Pierre Elzéar, c'est la galerie de types
qui y circulent et dont nous avons tous connu les originaux.
Que de noms à mettre sur les visages! Jansoulet brilla sous
l'empire et fut député du Gard. Puis viennent Monpavon, gen-
tilhomme déchu, vendant son titre aux sociétés industrielles en
mal de police correctionnelle ; Cardailhac, le directeur du théâtre
à femmes; Jenkins, le médecin charlatan ; de Bois-Landry, dont
la femme sert de mannequin aux couturières en renom ; Goëssard,
journaliste, maître-chanteur émérite ; Hemerlinguc, qui fut

serait montée à leur front.

Malgré les mutilations indispensables qu'a dû subir le
roman de Daudet, le charme qui y réside, la vigueur qui y grave
les caractères, la puissance des situations qui s'v succèdent, la
magie du style et l'ampleur de la langue qui le parent, sont tels
qu'ils complètent les épisodes dont le fil conducteur semble
parfois brisé. On voit l'œuvre théâtrale à travers l'optique de
l'œuvre d'analyse et la mémoire du lecteur vient en aide aux
sensations de l'auditeur.

La pièce, montée avec recherche et avec luxe, offre un
spectacle des plus piquants. On a beaucoup remarqué le salon
du Nabab, au deuxième acte ; l'exposition de sculpture ; l'anti-
chambre du Palais-Bourbon ; la salle des Pas-Perdus du Corps-
Législatif et l'atelier de Félicia Ruys, copié sur celui de Sarah
Bernhardt.

Quant à l'interprétation, elle est hors ligne. Dupuis, dans le
rôle de Jansoulet, est admirable. II réalise bien cette figure de
méridional que nous avons connue. Bon enfant, bon vivant,
mal élevé, brutal, colère, mais le cœur sur la main — qu'il avait
large !

MniC Blanche Pierson est une Félicia Ruys pleine d'imprévu,
de fantaisie et de brio avec des intermittences de mélancolie
noire. M. Dieudonné a donné au marquis de Monpavon le relief
d'une médaille. MM. Pierre Berton, Boisselet et M""" Alexis.
Hélène Monnier, Alice Lody et Saint-Marc complètent un
ensemble absolument irréprochable.

L'Ambigu avec Turenne tient un beau succès. La pièce est
amusante et mouvementée. Il était difficile de montrer comme
mise en scène plus de mesure, de goût, de science et de munifi-
cence que l'a fait M. Chabrillat. C'est des livres du grand siècle
que les décorateurs et le dessinateur des costumes ont fait
sortir l'orgie de soie, de velours, de brocarts et d'or qui nous a
tous grisés. L'ombre de Marc Fournier et MM. Delacour et
Lermina, les auteurs de Turenne, ont trouvé en M. Lacresson-
nière, — dont le costume a été dessiné par le peintre Eugène
Giraud, — un protagoniste de belle et fière allure.

Eugène Montrosiek.

COURRIER DES MUSÉES

XXX

Les dessins de Viollel-le-Duc. — M. Du Sommerard vient
d'être chargé par le ministère des beaux-arts d'organiser une
exposition des dessins de Viollet-le-Duc. Cette exposition aura
lieu au musée de Cluny, dans la grande salle non encore
ouverte au public et qui se trouve au-dessus de la salle des
carrosses. Elle est vaste .et bien éclairée.

Viollet-le-Duc a laissé comme on sait une quantité
innombrable de dessins, d'aquarelles, etc. Beaucoup étaient
dispersés dans les chantiers qu'il dirigeait : un plus grand
nombre encore se trouvaient à la direction des monuments his-
toriques. Enfin il en conservait dans ses cartons, et nous en

avons vu chez lui d'extrêmement remarquables qui datent de
son premier voyage en Italie. M. Viollet-le-Duc fils, chef du
bureau des monuments historiques, est en train de classer les
œuvres de son illustre père et de préparer avec M. Du Som-
merard cette exposition qui sera un véritable événement
artistique.

Allemagne. — Le musée de sculpture de Berlin s'est récem-
ment enrichi d'un important fragment de frise, représentant
un combat entre les Dieux et les Géants, et provenant d'un
autel élevé à Pergame par Attale Ier (241 à 197 avant J.-C). en
commémoration de ses victoires sur les Gaulois. Cette frise est
en marbre, sculpté en haut-relief, plusieurs figures se détachant
complètement du fond.
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