L' art: revue hebdomadaire illustrée — 6.1880 (Teil 1)

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LES PHÉNOMÈNES DE LA VISION.

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Thésée; la tête et le bras gauche du Minotaure. La masse ter-
tiaire résulte des enfants situés à la gauche de Thésée.

Le centre de gravité de la figure principale est supporté
par le pied droit et par le coude gauche, ce qui lui permet de
mouvoir la jambe gauche. La ligne esthétique passant par ce
point central, met l'œil droit en saillie.

Le corps étendu du Minotaure forme une ligne oblique de
l'harmonie horizontale, contrastant avec la ligne verticale de
Thésée et de l'enfant qui lui baise la main : cette opposition
symbolise l'antipathie. Toutefois, la disposition des figures fait
rentrer cette horizontale dans la donnée verticale pour en cons-
tituer l'unité.

Les trois masses verticales sont reliées entre elles par des
lignes esthétiques obliques, dont le carquois de Diane donne la
direction. Elles sont aussi parallèles au corps du Minotaure.

En faisant glisser l'équerre le long d'une règle, on verra
avec quel art tous les détails se relient entre eux pour renforcer
la donnée de l'ensemble.

La lumière entre par le haut du tableau, et se résout verti-
calement.

La couleur dominante du tableau résulte de la masse des
chairs ; elle est variée par la couleur rouge, jaune, violette,
rose, etc., des draperies.

Les peintures grecques présentent généralement une tona-
lité caractéristique du mode du sujet. La couleur dominante est

placée sur le sujet principal ; des couleurs analogues la sou-
tiennent, tandis que d'autres couleurs la font valoir par le
contraste.

Dans l'art grec, tout est prévu avec un goût, un sentiment,
une science accomplis. Aucun détail n'est placé au hasard; tout
est ramené à la masse par le jeu des lignes esthétiques.

Quand l'artiste a composé son sujet, il le circonscrit dans
le cadre qui lui convient, formant une masse horizontale ou
verticale ; puis il ordonne les détails en traçant des lignes esthé-
tiques qui l'obligent à rectifier les écarts du premier jet. Il ne
faut donc pas dire que les règles gênent la spontanéité de l'in-
vention ni de l'exécution, malgré leur caractère absolu.

Les anciens faisaient leurs compositions sur des papiers
quadrillés qui leur servaient de direction générale, comme on le
fait encore pour les dessins d'ornement.

XXXVII. — La lumière se propage en ligne droite et crée
toujours un neutre qui la fait valoir.

XXXVIII. — La lumière doit entrer ou sortir par le côté
ouvert de la composition.

XXXIX. — La masse de lumière doit être plus grande ou
plus petite que la masse d'ombre.

XL. —■ Toute masse paraît d'autant plus grande qu'il y a
moins de petits détails.

D. Sutter.

( La suite prochainement. )

APPEL A LA COMMISSION DES MONUMENTS HISTORIQUES

Nous nous adressons à la Commission des monuments his-
toriques pour lui signaler des faits assez étranges, dont la res-
ponsabilité lui incombe directement.

Un de nos amis, qui vient de faire dans quelques départe-
ments un voyage artistique, nous signale une sorte de conjura-
tion des architectes employés parla Commission, contre les mo-
numents dont la conservation est remise à ses soins. A Noyon,
un très joli autel Louis XVI a été sur le point d'être enlevé de la
cathédrale et n'a dû sa conservation qu'à l'heureux entêtement
de M. de Guillermie, le savant archéologue, qui n'a pas voulu
comprendre la nécessité de remplacer, sous prétexte d'anachro-
nisme, une œuvre originale et charmante du xviii" siècle par
une imitation plus ou moins pédantesque et factice du xn° ou
du xinc siècle.

Si la Commission des monuments historiques laisse faire
ses agents, nous allons retrouver dans les restaurations architec-
turales la manie de l'unité, qui, au xvn° siècle, avait fait inven-
ter contre les* auteurs dramatiques les unités de temps et de
lieu.

Il faudra absolument que nos architectes ramènent à une
unité de fantaisie les monuments dont la construction, prolongée
durant cinq ou six générations, n'a pas su se défendre de la di-
versité des styles qui se sont succédé pendant cette période.

C'est surtout au xvmo siècle qu'en veut pour le moment la
passion de nos architectes pour l'unité de temps, et parmi les
œuvres du xvm" siècle, les plus menacées sont les grilles si élé-
gantes dont il avait entouré le chœur d'un grand nombre d'é-
glises.

On se rappelle l'histoire de la grille de la Bibliothèque
nationale que l'architecte Labrouste fit enlever comme indigne
du monument restauré par lui, et qui fut achetée 60,000 fr.

par un amateur moins dédaigneux, M. le baron de Rothschild.
Cette leçon donnée par un homme de goût paraît avoir été
perdue.

A Sens, la grande grille en fer forgé qui entourait le chœur
de la cathédrale a été enlevée presque tout entière et a été
transportée dans la cour de l'archevêché. Elle sert aujourd'hui à
partager cette cour en trois parties, jusqu'à ce que la pluie et la
rouille aient achevé de la détruire. Quant à la partie qu'on a
laissée dans la cathédrale, elle doit disparaître prochainement. On
attend simplement qu'on ait achevé la grille à cierges qui doit la
remplacer.

De même à Laon, la grille du chœur a été déposée dans une
chapelle latérale. A Bayeux, on a fait mieux encore. On ne s'est
pas contenté de supprimer la jolie grille du xvin0 siècle et de lui
substituer une horreur; on l'a jetée dans une sorte de cave qui
est sous une des tours, et cela avec si peu de soin qu'elle est
aujourd'hui en morceaux et ne peut plus être vendue que
comme vieille ferraille.

La Commission des monuments historiques ne soupçonne
pas les colères et les indignations qu'allume chez les vrais ama-
teurs d'art local cette manière d'entendre la restauration. Les
plus irrités expliquent cette monomanie destructive par le désir
chez certains architectes de mériter les cinq pour cent que la
Commission leur alloue sur les travaux exécutés par eux ; les plus
indulgents supposent, comme nous, qu'ils sont pris, pour l'unité
du style, d'une passion aussi funeste à l'art que contraire à la
vérité historique. Mais quel que soit le mobile qui les fait agir,
il est certain que nous nous trouvons en face d'un ensemble
de faits déplorables, dont, nous l'espérons, la Commission des
monuments historiques ne voudra pas plus longtemps supporter
la responsabilité. E. V.
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