L' art: revue hebdomadaire illustrée — 6.1880 (Teil 1)

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VERESCHAGIN

Lorsqu'on a donné à M. Vereschagin le surnom d'Horace
Vcrnet de la Russie, on a cru sans doute foire son éloge; mais
il serait certainement en droit de se considérer comme calomnié.
En effet, l'impression générale que produit l'exposition de ses

monuments de l'univers », ainsi que nous l'apprenons par le
catalogue, est une mosquée de marbre blanc dont la coupole
semble une perle pëchée dans l'onde limpide où elle se reflète
brillamment. Ce temple occupe le centre d'un palais rouge dont

œuvres au cercle de la rue Volney . les murailles se détachent avec

n'est pas l'admiration pour les e ' " " \ une netteté incroyable sur le ciel

princes, ni la glorification de la ' f\% de l'Inde et sont transformées par

guerre. En racontant avec vérité .. j < ï le soleil, le grand magicien de ces

et émotion les souffrances du sol- ': ;" .' >• yf contrées, en carrières de coraux

dat, sans distinction de nationa- , y et de rubis. On peut admirer aussi

lité, en s'apitoyant également sur | la colonnade du fameux temple

les vainqueurs et les vaincus, . _____'s<"^C-.'î| . d'Indra à Ellora, divers types

M. Vereschagin s'est montré 'ktâén-S/SMi ■ 'tSi> populaires et surtout l'intérieur

essentiellement humain. Ses ta- ;/'i5s| A d'une grande mosquée de marbre

bleaux, d'une réalité poignante et i" & . ; blanc, véritable tour de force, car,

d'une philosophie élevée, sont en <^ |! ^- > | dans ces contrées, il faut obtenir

même temps une satire virulente P0t' '"" - ^ la perspective sans ombre. Les

des despotes ambitieux. M. Veres- ■: - A ù& vÊb artistes y tournent facilement au

chagin n'est courtisan que du r ■ U • [_ jga ' _ \ japonisme et on constate que

malheur. Il a partagé les tortures - ?'/ -'. " f| I -c , leurs œuvres sont souvent plates,

des victimes qu'il peint et. au lieu 'V ifë.-fr '? Mais je ne veux pas insister sur

de rester contemplateur impas- jrj f'* , ' / t Wp . ' ::: ce sujet. Je tiens spécialement à

siblc, il ne peut s'empêcher de (J . f \ts /'•;' [ M '. parler des tableaux inspirés par

pousser son cri d'honnête homme. 'J /''fe', '■■ ijjm 0 l'épouvantable guerre turco-russe.

Élève de Gérôme, M. Veres- il/ ^ v. y'' <?' , . Moins finis que les premiers, ils

chagin semble avoir beaucoup s}\ ,/ ■ .?&'T-*'\h ' possèdent pourtant plus de puis-

voyage a la recherche de lui-même v, • yjiffac sance, parce que 1 artiste avait

avant de trouver sa voie. Il s'est <ÎÀ ' ^ S acquis la plénitude de son talent

rapproché parfois de Meissonicr. 1 \ %■ ^vWjj^p ' ..rfS?. et parce que la nature des sujets

Actuellement il y a en lui du ,.. -js&f. ■j±'fgB^*X2^ï-ï:!?--; •' -, est plus conforme au tempera-

Géricault et du Courbet. Souvent '..•} f.jg$, HgîS8"?r":---j* ' 'S'.* :'?ty>'; ment de l'homme du nord, acces-

même il se montre un véritable ff #• . ' ' -M ', '. . / ':Û:v' sible à la mélancolie plutôt qu'à

impressionniste dans la bonne ' ^ ■: -\ l'enthousiasme et plus familiarisé

acception du mot. Les Russes, r./ ^*'^';.*^ ' jf- 'f- , V ■ avec les effets de neige qu'avec le

comme tous les peuples de même \Q$£t / ffî ç: ' • soleil de l'Inde,

origine, les Turcs et les Hongrois - ' î? :' Les vingt toiles rappelant des

notamment, ont une grande faci- ? scènes de la guerre de 1877 m'ont

lité d'assimilation, mais jusqu'ici ^,^M*' ' ■¥■} surpris par leur sincérité. Je m'at-

ils n'ont rien créé. M. Vereschagin f^fSE? .; \ tendais à une vulgaire apologie

depuis ses débuts en 1869 s'était . , ff&Wi I : r~ - : de la conquête et à une traduc-

surtout montré imitateur ingé- %ï'?â%$ v :i'- tion moscovite de l'odieux Vce

nieux. C'est seulement en 1877 7 f:ï * ii / . . . victis ! Grand a été mon étonne-

qu'il a rencontré son chemin de ' | < ' ment, à moi qui ai suivi, dans un

Damas. ./ | _ ^ I ^ ,...... ''[i Y. camp opposé à celui de M. Veres-

Le nomade peintre russe a *\ A -'. , > ■ ■ chagin, les péripéties de ce lugubre

accompagné le général Kauffman r "l- .-i.< « . \i; >f5^ V drame, d'avoir à rendre hommage

au Turkestan; mais les tableaux ^^^S; - V' à la franchisc et â l'impartialité

qu'il a consacrés à ce pays appar- : i de l'artiste. Dans le tableau inti-

tiennent au musée de Moscou. ;;' \ V.:.' 1 ';|ÏU;.'./ tulé : ^4prè5 /« victoire, il nous

L'exposition de la rue Volney ;\ t. ^,-'4/y montre au second plan Skobelef

n'en possède que les photogra- ::?*Srf| le jeune, passant, au galop, devant

phies. M. Vereschagin se trouvait y ^ , .*;'^J - * , le front de ses troupes qui vien-

dans l'Inde au moment où le • " ... ■ ■J'-'lS^W? 1^'■ - rv-:-':t^ï'w'îIT' nent d'occuper Chipka dont le

prince de Galles y fit son voyage ' froid a vaincu les défenseurs. La

., . , Fac-similc d'un croquis à la mine de plomb par Vereschagin. , .. ..

léenque, et il en a rapporte un longue ligne des fantassins, en

grand nombre de toiles. Quelques-unes sont remarquables,
mais j'en parlerai peu, parce qu'elles ne caractérisent pas, sui-
vant moi, l'originalité du talent de ce peintre. J'ai certes admiré
le palais de la mosquée de Futtehpur-Sikri, ces merveilles de
guipure polychrome qui nous donnent une haute idée de l'ar-
chitecture arabe-indienne, nullement inférieure à celle de Gre-
nade, quoique moins connue. Le Taj, « un des plus beaux

capote jaune, les pieds enfoncés dans la neige, est parfaitement
rendue. Le personnage le plus sacrifié, c'est précisément le héros
rutilant dont la figure est peu ressemblante et dont le torse a
une raideur disgracieuse. Les cavaliers de son escorte sont
beaucoup mieux campés sur des chevaux bien plus élégants.
Mais tous ces personnages apparaissent dans le lointain, comme
une sombre fatalité; tout l'intérêt est captivé par les cadavres
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