L' art: revue hebdomadaire illustrée — 6.1880 (Teil 1)

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XXXI

Le 5 février courant, le comité consultatif des musées natio-
naux a, sur la proposition de l'administrateur, M. Barbet de Jouy,
voté l'acquisition de la Baigneuse, d'Ingres, pour le prix de
60,000 francs, et du Portrait de madame la comtesse de Barck,
de Henri Regnault, pour 20,000 francs.

Soixante mille francs pour un tableau d'Ingres, à première
vue cela paraît bien cher. Il est vrai que la Baigneuse est du
bon temps d'Ingres, du temps où il faisait 1 tourner » ses figures
et où il ne méprisait pas encore systématiquement la couleur.
Sa Baigneuse n'est pas fort distinguée, le bras droit s'arrondit
en arc avec une uniformité désagréable, on ne sait pas trop
comment se rattache le pied droit et les jambes sont en bois; en
revanche le buste est gonflé de graisse et manque d'accent; la
nuque forme un renflement disgracieux ; mais le modelé du
buste est véritablement réussi, il est fin et vigoureux à la fois et
quand on se trouve tout d'un coup en face de cette peinture, on
a quelque peine à comprendre pourquoi Ingres, sachant copier
aussi réellement, a pu arriver si vite à supprimer de sa peinture
toute réalité et toute vie. La coiffure de laine à raies rouges et
la pantoufle marquent aussi une certaine préoccupation de la
couleur, qui prouve une fois de plus que pour Ingres le progrès
a consisté à éliminer ses qualités natives au profit d'une esthé-
tique de fantaisie.

Il n'est pas mauvais qu'un musée comme le Louvre possède
une œuvre de ce genre; elle sert à faire comprendre combien la
convention peut faire de mal à l'art.

Le comité consultatif a également voté, au pris de 20,000 fr.,
l'achat d'une fort jolie statuette, envoyée d'Athènes, une Minerve,
et un miroir gravé.

M. Beurdeley adonné au musée du Louvre un très beau et
très important pavage en carreaux émaillés, daté de 1557, qui
servait de marche d'autel dans la chapelle du château de la
Batie-en-Forez. La composition, fort élégante, rappelle Jean
d'Udine, et l'exécution en est très habile.

M. Charles Stein a donné également au même musée une
boîte italienne dont la peinture qui orne le couvercle porte une
inscription avec la date 1421.

Le musée du Garde-Meuble. — Les deux salles ouvertes
récemment au public au Garde-Meuble, viennent de subir quel-
ques changements assez importants ; l'exposition permanente du
mobilier national ayant pour but de faire passer successivement
sous les yeux du public les séries de tapisseries et de meubles en
dépôt au quai d'Orsay, un certain nombre d'objets ont déjà été
renouvelés. On laissera cependant sous les yeux du public, et
pendant quelques semaines encore, certaines curiosités histori-
ques provenant de palais et de châteaux. Nous citerons entre
autres, et bien que ces curiosités ne présentent qu'un très mé-
diocre intérêt artistique, plusieurs meubles de la Malmaison,

parmi lesquels le lit de l'impératrice Joséphine, le bureau et
l'échiquier de Napoléon Ier, qu'on a pu voir autrefois au musée
des souverains; une chaise à porteurs Louis XVI, le berceau
du duc de Bordeaux et un grand coffret ayant appartenu à
Louis-Philippe, provenant de la manufacture de Sèvres, d'un
très mauvais style, mais encadrant de très fines peintures; un
grand nombre de tapisseries, parmi lesquelles celles qui ornaient
la grande galerie du château de Saint-Cloud et qui ont pu être
enlevées avant l'investissement de Paris.

Les salles contiennent encore un certain nombre de vases,
statuettes, meubles, consoles, etc. ; mais ce sont surtout les tapis-
series qui attireront l'attention des amateurs. Il en est d'an-
ciennes du plus grand mérite et d'un prix inestimable. Peu de
nos musées en possèdent d'aussi belles que les fragments rap-
portés qui encadrent la grande cheminée de la première salle;
on remarque encore des tapis et des armes. Nous rappellerons
que le musée est ouvert au public, de dix heures à quatre heures,
les dimanches et jeudis, et les autres jours, sauf le lundi, aux
personnes munies de cartes délivrées au ministère des travaux
publics.

Musée des Arts décoratifs. — Le musée des Arts décoratifs,
qui a dû abandonner le pavillon de Flore lors de l'installation
du conseil municipal au Palais des Tuileries, occupe actuelle-
ment le local qui lui a été affecté au Palais de l'Industrie; l'amé-
nagement de ces vastes galeries est terminé et l'on y procède à
l'organisation définitive.

Des dons assez nombreux, tant en livres qu'en objets d'art,
ont été faits au musée dans ces derniers temps.

En outre, de généreux amateurs ont prêté pour un temps
indéterminé leurs riches collections, de telle sorte que chacune
de ses sections pourra être représentée par un nombre plus ou
moins considérable d'objets.

Au mois d'avril prochain aura lieu l'ouverture du musée,
lequel comprendra deux parties distinctes : i° le musée propre-
ment dit, avec les objets achetés par le comité directeur, prêtés
ou donnés par les collectionneurs; 20 une exposition extrême-
ment intéressante de dessins d'arts décoratifs et d'ornement, c'est-
à-dire les modèles d'orfèvrerie, de meubles, de tissus, etc., depuis
la Renaissance jusqu'à notre époque. Ce sera le pendant de
l'exposition des maîtres anciens si habilement organisée l'an
dernier par MM. Ch. Ephrussi et Dreyfus, auxquels a été confié
le soin de préparer également celle-ci.

Cette partie d'exposition temporaire comprendra aussi la
collection de céramique de M. Paul Gasnault, qui vient d'être
achetée par M. Dubouché, fondateur du musée de Limoges, et
qu'on pourra revoir encore avant son départ pour cette ville où
elle prendra place à côté de la_ collection Jacquemart.

L'entrée du musée des Arts décoratifs au Palais de l'Indus-
trie est par la porte VII, vis-à-vis la place de la Concorde. Les
galeries occupent la plus grande partie de cette façade.
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