L' art: revue hebdomadaire illustrée — 6.1880 (Teil 1)

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CHRONIQUE

FRANÇAISE

Les concours de la Ville de Paris. — Le plus important des
concours organisés par la Ville de Paris a été jugé au deuxième
degré, le 10 mars, après exposition publique à l'Ecole des beaux-
arts. Il s'agissait de la décoration de trois mairies et de deux
écoles ; on se rappelle qu'il y a six semaines le premier essai
n'avait pas réuni moins de cent neuf concurrents. Trois artistes
furent désignés pour chacun des cinq concours comme pouvant
prendre part à l'épreuve définitive. Voici le résultat de cette
épreuve :

Mairie du II' arrondissement. — C'est M. Moreau de Tours
qui a réuni les suffrages du jury. En conséquence, cet artiste
sera chargé, moyennant le prix de 18,000 fr., d'exécuter défini-
tivement les trois tableaux qui doivent décorer la salle des
Mariages.

M. E. Michel, classé n° 2, recevra une prime de 1,000 fr. ;
M. Lafon, classé n" 3, une prime de 800 fr.

Mairie du XII0 arrondissement. — C'est M. Thirion qui, à
l'unanimité, a obtenu le prix avec son grand carton rehaussé en
couleurs. Il exécutera donc le plafond du grand escalier de la
mairie, qui lui est payé 9,200 fr.

Des primes de 500 fr. et de 300 tr. seront allouées à
MM. Bourgeois et Mazerolle, classés avec les nos 2 et 3.

Mairie du XIX" arrondissement. — C'était là la grosse
partie : 6 tableaux, 1 plafond et 3 dessus de porte étaient mis au
concours et l'ensemble de ces travaux est payé 57,000 fr. La
victoire est restée à MM. Gervex et Blanchon qui exécuteront
en collaboration ces grands travaux décoratifs. Le n° 2 (M. Emile
Levy) recevra une prime de 2,000 fr. et M. Besnard (classé n" 3)
une prime de 1,800 fr.

Écoles. — C'est à M. Baudouin que revient dans ce concours
l'honneur d'inaugurer la décoration des salles d'écoles, en exécu-
tant, dans la salle de dessin de l'école rue Dombasle, une frise
peinte de 40 mètres superficiels environ. Une somme de
10,000 fr. lui est allouée pour ce travail. Des primes de 500 fr.
et de 400 fr. sont attribuées aux projets classés avec les nos 2
et 3, c;ux de MM. Aubert et Valton.

Quant a l'école de la rue Château-Landon, la frise du préau
couvert, qui mesure environ 30 mètres superficiels, et pour
laquelle une même somme de 10,000 fr. avait été votée par le
conseil municipal, sera exécutée par M. Jules Didier, dont les
premières esquisses avaient été jugées bien supérieures à son
dernier travail. Une prime de 500 fr. est allouée à son concur-
rent malheureux, M. Maillart.

Rappelons que bientôt doivent avoir lieu le concours
d'Etienne Marcel et celui de Voltaire, sans compter le jugement
au deuxième degré du concours de la République et de celui du
monument allégorique de Courbevoie, qui avait été d'abord fixé
à la lin du mois de mars et qui a été ajourné par vote du conseil
général à la seconde quinzaine de mai.

En terminant, nous devons mentionner la circulaire que
vient d'envoyer aux artistes l'administration de la Ville de Paris
pour leur demander leur avis sur les réformes à introduire dans
le système du concours tel qu'il a été pratiqué jusqu'ici. Nous
croyons savoir que la plupart des réponses réclament pour les
artistes concurrents le droit de garder l'anonyme. Nous revien-
drons sur cette intéressante question.

— Les Sociétés des beaux-arts. — Le congrès annuel des

sociétés savantes des département aura lieu à la Sorbonne, du
31 mars au 2 avril. Le 3 avril, distribution des récompenses sous
la présidence du ministre de l'instruction publique qui pronon-
cera, dit-on, un discours important.

—• Un atelier spécial de photographie vient d'être installé
dans les bâtiments de la Bibliothèque nationale pour la repro-
duction des manuscrits ou livres illustrés que leur grande valeur
ne permet pas de confier à tous les lecteurs. Les travaux de
reproduction seront exécutés par les soins de la direction et
sous la surveillance d'un employé spécialement attaché à ce
service. Les ouvrages à reproduire ne seront confiés qu'un à un
au service; ils ne seront tirés qu'à un nombre déterminé
d'exemplaires et les clichés seront ensuite détruits. Aucun exem-
plaire ne devra être livré au commerce, mais dans certains cas
on pourra en envoyer des épreuves aux musées et aux biblio-
thèques de province qui en auraient besoin pour leurs col-
lections, et dans le cas où ces ouvrages auraient pour eux un
intérêt local, aux points de vue littéraire, géographique ou
artistique.

— Une singulière pétition a été adressée à la Chambre des
députés par M. Gudin, le peintre de marine, qui a eu autrefois
une réputation aujourd'hui fort diminuée. Elle nous semble
assez intéressante pour être reproduite :

« M. Gudin, peintre de marine bien connu du monde artis-
tique, demeurant à Boulogne-sur-Scine, s'est adressé à la
Chambre pour obtenir qu'on lui achète 27 tableaux formant le
complément d'une commande de 90 toiles qui lui aurait été faite
par le roi Louis-Philippe.

« D'après lui; ce travail considérable, qui ne devait être rien
moins que l'histoire de la marine française, devait lui être payé
700,000 francs, dont 200,000 francs à-compte et 500,000 francs
après complet achèvement.

« Lorsque la révolution de 1848 éclata, il n'avait plus à
fournir que les 27 tableaux dont il demande l'achat et il n'avait
reçu qu'une somme totale de 150,000 francs.

« M. Gudin expose qu'il s'est adressé successivement aux di-
verses administrations qui se sont succédé depuis cette époque
et qu'il a toujours vu le bon vouloir des ministres paralysé par
l'hostilité persistante des bureaux. »

La commission a pensé que M. Gudin avait attendu bien
longtemps pour faire sa réclamation, mais elle a proposé de
renvoyer sa pétition au ministre des beaux-arts en le priant
d'examiner s'il ne serait pas possible d'acheter quelques-uns des
tableaux susdits qu'on essayerait de caser dans cet éternel dé-
versoir du musée de Versailles.

— M. Jules Dalou, qui, devant venir s'installer à Paris, a
donné sa démission de professeur de modelage au South Ken-
sington, est remplacé par M. Ed. Lantéri, artiste français, comme
son prédécesseur. A ce propos the Academy qui aurait voulu qu'on
nommât à cet emploi un sculpteur anglais, montre quelque
mauvaise humeur. « Ce dédain pour l'art national, lit-on dans
ce recueil, semblera d'autant plus extraordinaire que M. Lanteri
paraît être tout à fait inconnu comme artiste: on nous assure
qu'il n'a jamais rien exposé ni à Londres ni à Paris, et son seul
titre est d'avoir travaillé dans l'atelier de M. Boehm à la satis-
faction de ce dernier. On prétend que cette nomination est due
aux conseils donnés par M. E. J. Poynter aux commissaires. »

Le Directeur-Gérant : EUGÈNE VÉRON.
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