L' art: revue hebdomadaire illustrée — 6.1880 (Teil 1)

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JAPONISME

'art japonais, pour qui s'en occupe comme moi depuis
longtemps, se ramène à une synthèse générale. C'est ce que
j'ai récemment essayé de faire, dans un travail spécial
Je vais m'efforcer aujourd'hui de donner un aperçu rapide
et succinct de cet art ésotérique et vraiment merveilleux,
qui a déjà, chez nous, de fervents adeptes, surtout parmi
les artistes, et que je crois destiné à devenir la passion des
raffinés.

Les Russes, les Yankees, les Anglais, grâce à leur
cosmopolitisme éclectique, apprécient plus équitablement que
les Français — trop sédentaires — cet art, dont les produits
rivalisent avec les chefs-d'œuvre de l'antiquité classique et les œuvres les plus vantées de la
Renaissance.

Le laque est le produit national par excellence du Nippon et l'une des manifestations les plus
élégantes de l'art universel. Or, comme on n'est pas encore suffisamment familiarisé chez nous
avec les arcanes de cet art éblouissant, il ne sera pas oiseux d'expliquer, sans pédantisme, ce que
c'est que la laque et ce que c'est que le laque.

La laque est un vernis qu'on extrait de 1' « urushi », le rhus vernicifera des nomenclateurs.
Ce vernis a l'éclat et la solidité du métal. Le laque, en japonais « makiyé », signifie « peinture
poudrée, peinture laquée», à l'aide du vernis extrait de 1'« uruski », qui sert de mordant et de
fixatif. La substance qui se prête le mieux, comme excipient, à ce travail, est le « kinski », sorte
de pin nommé par les botanistes retinispora obtusa. C'est sur ce bois qu'ont été exécutés les plus
beaux travaux anciens, si recherchés aujourd'hui en Europe et aux États-Unis.

Il existe un livre d'or qui enregistre la généalogie des artistes les plus appréciés, le nom de
leurs élèves parvenus à la célébrité, qui ont conservé et transmis la tradition des grands maîtres
en « makiyé ».

Le Japonais Igarashi publia, au temps de Nabu-Naga, un traité complet de l'art du ce makiyé ».
Ce traité fait comprendre la valeur extraordinaire des œuvres des bons artistes. Les pièces d'or-
fèvrerie les plus délicates, les émaux les plus fins, exigent moins de talent d'exécution, de patience
et de goût. Il fallait dix-huit mois pour exécuter un bon laque, mais on mettait plusieurs années
à parfaire les qualités supérieures, qui sont d'incomparables chefs-d'œuvre.

Il y a des laques sur fond noir, nommés « hana-nuri » ; sur fond peau de poire, appelés
« nashiji » ; sur poudre d'or mat, désignés sous le nom de « salvocat » ; sur fond de couleur brune
parsemée de paillettes d'or, dit « aventurine » ; sur bois naturel et sur métal. Il y a le laque
burgauté, le laque xyloïde, qui imite les veines du bois, le laque de Coromandel et le laque de
Pékin.

Quant aux laques vulgaires, qui infestent les magasins de curiosités et qui faussent le goût
du public, ils sont fabriqués par des procédés hâtifs, n'ont rien de commun avec la grande école
des laqueurs inscrits au livre d'or et ne ressemblent pas plus aux beaux laques qu'une image
d'Épinal à un tableau de maître.

Les Japonais ont excellé dans ces ravissants « nestkis » en bois, en ivoire et parfois en or et
en argent qu'on portait en breloques ; dans les nielles et les damasquinures de leurs armes et de
leurs vases précieux ; dans la ciselure des gardes de leurs sabres et de leurs poignards. Ils tra-

i. Le Japon artistique et littéraire.
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