L' art: revue hebdomadaire illustrée — 6.1880 (Teil 1)

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Cartouche composé par H. Gravelot et gravé par P. P. Choffard.

I

Au début du xv" siècle, la ville qui retrouva, qui fit renaître, refleurir l'art antique, était une
des plus pauvres de toute l'Italie en souvenirs de la glorieuse civilisation grecque ou romaine.
Des grandes constructions élevées à Florence sous l'Empire, du Capitole, du théâtre, de
l'amphithéâtre, de l'aqueduc, c'est à peine s'il restait quelques vestiges, trois ou quatre colonnes
à moitié enfouies, des soubassements presque au ras du sol. Un baptistère avait pris la place du
temple de Mars, le forum était devenu un marché. Tandis qu'ailleurs l'antiquité s'imposait en
quelque sorte aux visiteurs étrangers, — pèlerins accourant en foule aux fêtes du jubilé, soldats
amenés par le hasard des guerres, — qu'elle piquait au plus haut point leur curiosité, forçait
leur admiration, ici, il fallait toute la sagacité de l'archéologue pour découvrir que Florence n'était
pas une ville du moyen âge, que son origine était plus ancienne et plus noble. Dans ce cadre si
vivant et si pittoresque, au milieu de ces riantes collines, en présence de cette activité incessante,
il semble qu'il n'y ait point eu de place pour les ruines. Florence ne sera jamais, comme Rome,
la cité des morts.

Les chefs-d'œuvre qui font aujourd'hui l'ornement de la galerie des Offices et du Musée
égyptien, les marbres, les bronzes, les peintures, les gemmes, éclatants témoignages de l'habileté
des artistes étrusques ou romains, n'étaient guère plus nombreux à Florence que les monuments
d'architecture, à l'époque où le contraste entre les principes du moyen âge et ceux de l'antiquité
frappa pour la première fois les regards. Quelle infériorité vis-à-vis de Rome, où les statues
antiques jonchaient en quelque sorte les rues jusqu'en plein xve siècle, où les marbres les plus
précieux furent impitoyablement condamnés, pendant plusieurs centaines d'années, à alimenter
les fours des fabricants de chaux !

Parmi les sculptures antiques les plus intéressantes figuraient trois sarcophages, longtemps
placés devant le Baptistère, et transformés après coup — le moyen âge était coutumier de ces
sortes de plagiats — en sépultures chrétiennes. C'étaient, selon toute vraisemblance, des ouvrages
exécutés à Florence même, vers la fin de la domination romaine. Un décret de 1296 ordonna de

Tome XX. 17
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