L' art: revue hebdomadaire illustrée — 6.1880 (Teil 1)

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L'ART.

nés le jour où éclatait sur la scène française l'œuvre immortelle
dont nous célébrons aujourd'hui le cinquantième anniversaire !
Les premiers artistes qui ont eu l'honneur de l'interpréter ont
tous disparu; ils ont été deux fois et brillamment remplacés ; les
générations se sont succédé ; les gouvernements sont tombés, les
révolutions se sont multipliées, l'œuvre a survécu à tout et à
tous, de plus en plus acclamée, de plus en plus jeune ; et il sem-
ble qu'elle ait communiqué au poète quelque chose de son
éternelle jeunesse! Le temps n'a pas de prise sur vous, cher
maître! vous ne connaissez pas de déclin ; vous traversez tous
Jes âges de la vie sans sortir de l'âge viril; l'imperturbable fécon-
dité de votre génie, depuis un demi-siècle et plus, a couvert le
monde de sa marée toujours montante ; les résistances furieuses
de la première heure, les aigres rébellions de la seconde se sont
fondues dans une admiration universelle ; les derniers réfractaires
sont rentrés au giron, et vous donnez aujourd'hui ce rare et
magnifique spectacle d'un grand homme assistant à sa propre
apothéose, et conduisant lui-même le char du triomphe définitif
que ne poursuit plus l'insulteur !

(• Quand Labruyère en pleine Académie saluait Bossuet père
de l'Église, il parlait d'avance le langage de la postérité : vous,
cher maître, c'est la postérité même qui vous entoure ici, c'est
elle qui vous salue et vous porte ce toast :

« Au père ! »

Après Emile Augier, Delaunay a parlé au nom de la
Comédie, Sarcey, au nom de la presse, et M,le Sarah Bernhardt
a récité les vers de Coppée.

Victor Hugo, à qui l'émotion faisait verser de douces larmes,
s'est ensuite levé et a répondu en ces termes :

« Je ne veux et je ne dois dire qu'un mot.

« J'ai devant moi la grande presse française.

« Les hommes considérables qui la représentent ici ont voulu
prouver sa concorde souveraine et montrer son indestructible
unité. Vous vous ralliez tous pour serrer la main du vieux com-
battant qui a commencé avec le siècle et qui continue avec lui.
Je suis profondément ému. Je remercie.

« Je remercie Augier. Je remercie Sarcey. Je remercie M. De-
launay et la Comédie-Française. Je remercie M"« Sarah Bern-
hardt qui a prêté sa voix exquise aux vers exquis de François
Coppée.

« Toutes ces grandes et nobles paroles que vous venez
d'entendre ajoutent encore à mon émotion.

« Il y a en ce moment certaines dates souvent répétées :
26 février 1802, naissance de l'homme qui parle à cette heure;
25 février 1830, apparition de Hernani; 26 février 1880, l'épo-
que actuelle. Autrefois, il y a cinquante ans, l'homme qui vous
parle était haï, il était hué, exécré, maudit. Aujourd'hui...

« Ces dates constatées, on demeure pensif.

« Messieurs,

« La presse française est une des maîtresses de l'esprit humain.
Sa tâche est quotidienne ; son œuvre est colossale. Elle agit à la
fois et à toute minute sur toutes les parties du monde civilisé :
ses luttes, ses querelles, ses colères se résolvent en progrès, en
harmonie et en paix. Dans ses préméditations, elle veut la
vérité; par ses polémiques, elle fait étinceler la lumière.

« Je bois à la presse française, qui remplit de si grands devoirs
et qui rend de si grands services. »

Des applaudissements enthousiastes et un cri unanime de
Vive Victor Hugo! saluent les dernières paroles du poète.

Eugène Montrosier.

DOCUMENT POUR L'HISTOIRE DE LA DIRECTION DES BEAUX-ARTS

Nous trouvons à la fin d'un volume intitulé Allocutions
prononcées dans diverses solennités intéressant la Direction des
Beaux-Arts, et que M. de Chennevières a fait imprimer à
Bellème, en 1878, la pièce suivante qui n'a point été connue
dans le monde des arts lors de la retraite de l'ancien directeur ;
cette pièce nous semble, par les questions encore pendantes,
pouvoir offrir à nos lecteurs un certain intérêt d'actualité :

Monsieur le ministre,

Il y a quatre ans que je fus appelé à la Direction des Beaux-
Arts, et ces quatre années d'une fonction difficile, j'ai tâché de
les bien remplir. La confiance des artistes m'avait désigné au
choix du ministre; j'ai dépensé toutes mes forces à servir de
mon mieux et l'art et les artistes.

Je me suis tout d'abord appliqué au relèvement de la pein-
ture monumentale par le grand concours de la décoration du
Panthéon, par la décoration du palais de la Légion d'Honneur,
par les plafonds du Luxembourg, et par de nombreux travaux
dans les édifices de la province.

Dans le même but, j'ai créé le prix du Salon qui a excité les
jeunes peintres aux fortes études et . aux sérieuses conceptions.
J'avais voulu remettre aux artistes, en ce qui regarde leurs expo-
sitions, la gestion de leurs propres affaires et leur rendre ainsi
l'indépendance dont ils ont joui jadis en France et dont ils
jouissent dans les autres pays; les artistes ne l'ont pas voulu;
mais tout au moins, dans les cinq Salons organisés depuis 1874,
l'administration n'a-t-elle jamais cessé de consulter les délégués
qu'ils s'étaient choisis pour juges, et d'exécuter les vœux émis
par eux. Ont été réorganisées et la direction des musées natio-
naux, et l'École des beaux-arts et l'École des arts décoratifs et
l'École de Lyon, et ont été développées activement toutes les

autres écoles qui relèvent de la Direction. L'École des beaux-
arts a ouvert au public son musée des études, singulièrement
enrichi de copies et de moulages. Plusieurs milliers de tableaux
et de sculptures anciens et modernes ont été répartis par nous
entre les musées de Paris et de la province.

Je ne parlerai ni des modèles en plâtre, ni des estampes, ni
des livres, ni des pièces de céramique, distribués par centaines
de mille aux écoles, aux bibliothèques, aux établissements de
bienfaisance. Je me suis fait gloire d'avoir entrepris la grande
publication nationale de l'Inventaire des richesses d'art de la
France dont deux volumes sont déjà terminés. Les Sociétés des
beaux-arts de la province ont été réunies à la Sorbonne et mises
désormais en relation avec la commission chargée de l'inventaire.
Cette commission, qui avait préparé une exposition des chefs-
d'œuvre des musées de province, a conduit dans ces derniers
temps la très délicate affaire d'une exposition nationale de nos
portraits historiques.

Les archives de l'École de France à Rome ont été créées et
les envois des pensionnaires musiciens exécutés pour la première
fois au Conservatoire.

La commission de Sèvres a été reconstituée, celle des Gobe-
lins créée, et elles ont déjà marqué leur active influence aux
expositions de 1874 et de 1878.

Le concours et le prix de Sèvres ont été institués. Le musée de
Sèvres a été réorganisé, et la manufacture tout entière a été ins-
tallée dans les nouveaux bâtiments qui lui avaient été préparés.

Nous avons doté la France d'un atelier de mosaïques.

Grâce à la Direction des Beaux-Arts, le public a vu se dérou-
ler, lors de la dernière exposition de l'Union Centrale, l'histoire
de l'art de la tapisserie.

Des projets ont été étudiés pour la reconstruction de la ma-
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