L' art: revue hebdomadaire illustrée — 6.1880 (Teil 1)

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2?2 L'ART.

l'indifférence de la critique, qui n'a garde de se passionner pour ces mélodrames du vitrail, gâtés
par des exagérations voulues, qui visent à l'extra-joli, et dont il faut bien se garder d'encourager
les dangereuses tendances.

Nous n'avons traité ici, en parlant du vitrail, que la partie purement artistique de la question;
c'est elle qui devait nous attirer tout d'abord et c'est elle aussi qui, sans aucun doute, intéressera
plus particulièrement nos lecteurs. Nous devons pourtant reconnaître que la question artistique
se mélange ici d'une question industrielle qui a bien aussi son intérêt. Les verrières, composées
d'une quantité assez considérable de pièces détachées, ont besoin d'une armature générale (elle
est ordinairement en fer), qui soutient toute la construction, et qui en est, pour ainsi parler, le
squelette. Sur cette armature viennent se poser les plombs, qui relient entre eux les divers
fragments du vitrail. Les plombs, d'un emploi facile, et d'un maniement souple, ne laissent point
que d'avoir certains inconvénients. Ils subissent l'influence de la température, et, particulièrement
sous l'action directe des rayons solaires, ils se gonflent, se tordent, s'infléchissent, et, comme on
dit en terme de métier, gondolent, de façon à déranger l'équilibre et l'harmonie de l'ensemble.
Ajoutons que, vue du dehors, la mise en plomb est d'un aspect terne et disgracieux, de telle
sorte que ce qui est un ornement pour l'intérieur des maisons donne à l'extérieur une apparence
singulièrement déplaisante.

L'Exposition nous a offert un remède efficace et certain à ce trop réel inconvénient.

Une femme à laquelle les arts industriels doivent une des plus précieuses découvertes que la
critique ait eu à signaler en ces derniers temps, M",e Delong, qui a trouvé le découpage et le
reperçage mécaniques des métaux à l'aide de scies singulièrement perfectionnées inventées par elle,
nous a fait voir au Trocadéro un kiosque tout entier composé d'après un système nouveau
d'application du vitrail. Nous reproduisons ici la silhouette générale de cette jolie construction,
gaie, aérienne et légère, très heureuse dans l'ensemble de ses lignes si harmonieusement balancées;
très intéressante dans la combinaison de ses ingénieux détails, et d'un aspect général si
décoratif.

A la mise en plomb dont nous venons de signaler les désavantages, M"1" Delong a eu
l'heureuse idée de substituer partout des armatures en zinc, en fer, ou en acier, beaucoup plus
fines que le plomb ne pourrait nous les donner, et qui exécutées par ses scies d'une merveilleuse
habileté et d'une précision absolument mathématique, prennent toutes les formes, et réalisent
avec une égale facilité les dessins les plus simples et les plus compliqués. L'action du soleil est
impuissante contre ces divers métaux, qui gardent inflexiblement leurs lignes, et comme ils
peuvent recevoir, au gré du constructeur, la dorure, l'argenture, ou le nickelage, ils deviennent
eux-mêmes une partie importante du décor, et ajoutent une note harmonieuse aux tons du vitrail,
déjà si éclatants et si riches. L'armature ainsi comprise, au lieu de devenir, pour ceux qui la
voient du dehors, un objet déplaisant et fâcheux, contribue elle-même à l'ornementation extérieure
de l'édifice. On pourra s'en convaincre par un simple coup d'ceil jeté sur le joli kiosque repro-
duit dans nos colonnes, qui fut une des joies et l'un des ornements les mieux réussis du
Trocadéro.

Louis Énault.
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