L' art: revue hebdomadaire illustrée — 6.1880 (Teil 1)

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234 L'ART.

en une suprême expression géniale, qui échappera toujours à l'enseignement académique, incapable
d'engendrer autre chose que des Cabanels et leurs congénères, la peste de l'école française.

Puisque le nom de M. Cabanel se rencontre une fois de plus sous ma plume pour le maudire,
je ne suis pas fâché de m'expliquer au sujet de l'inimitié que l'on m'accuse de professer contre
l'auteur de tant de très méchants portraits et des mètres de toile — jus de groseille et sirop de
framboise assortis — qui déshonorent le Panthéon sous prétexte d'honorer la mémoire de saint
Louis.

Haïr M. Cabanel serait le prendre au sérieux, et, qu'on me pardonne cet excès d'amour-
propre, je ne suis point assez sot pour cela. Quiconque comprend, sent et aime la peinture, et

se passionne sincèrement pour elle, ne s'arrête jamais aux nullités. J'ai donc toutes les raisons
du monde pour ne pas m'occuper de M. Alexandre Cabanel en tant que peintre. 11 ne reste que
les aveugles qui ne soient pas fixés sur ses ignorances anatomiques, son dessin fadasse, sa
composition niaise, ses élégances faisandées, son absence de toute espèce de goût et à plus forte
raison de style, son genre bellâtre digne des garçons coiffeurs, les aigreurs de sa couleur, mais
restons sérieux, ne parlons point de la couleur de M. Cabanel ! ! !

Si vraiment M. Cabanel est sans valeur aucune — et il n'en a pas la moindre — pourquoi
ne pas le laisser dormir en paix comme tant et tant d'autres médiocrités ? C'est que celles-là
se contentent de leur sort et que M. Cabanel, lui, se pose modestement en chef de l'école
française et que cette prétention, si burlesque qu'elle soit, il la met pontificalement en pratique,
avec le plus imperturbable sang-froid, grâce à un savoir-faire aussi remarquable que sa peinture
l'est peu.
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