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L' art: revue hebdomadaire illustrée — 14.1888 (Teil 1)

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https://doi.org/10.11588/diglit.25872#0124

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LA FAÏENCE A VENISE'

(FIN)

Les inventaires de mobiliers du xvie siècle, en France du
moins, mentionnent fréquemment les terres de Venise ou « façon
de Venise ». Il y a tout lieu de croire que cette importation
n’eut pas lieu seulement dans notre pays, mais aussi dans tout
le reste de l’Europe. L’Allemagne qui, par son voisinage, a
exercé une influence si sensible sur l’art vénitien, n’échappa pas
à ce courant, et bon nombre de faïences, offrant des armoiries
de familles allemandes, que conservent aujourd’hui des Musées
et des amateurs, me paraissent n’avoir pas une autre origine ;
j’irai même plus loin : je suppose que c’est à Venise qu’un ami
d'Albert Dürer s'est essayé dans l’art difficile du faïencier.

Je sais bien que ce n'est là qu'une hypothèse; c’est aux
archéologues allemands, et principalement à ceux qui ont étudié
la vie d’Albert Dürer et le milieu dans lequel elle s’est écoulée,
de décider si l'on doit l’abandonner. Elle me paraît, pour ma
part, fort plausible. On connaît Jean Neudoerfer qui, dessinateur
lui-même, calligraphe, mathématicien, s’improvisa biographe des
artistes de Nuremberg; son ouvrage, publié en 1546, est, en
quelque sorte, un « Vasari » allemand. De ce que nous trouvons
son nom inscrit sur des faïences de style italien, dont la légende
ambiguë peut laisser supposer qu'il en est hauteur, n’est-on pas
fondé à penser, avec quelque apparence de raison, que c’est
en Italie que Neudoerfer a été initié aux secrets des potiers ? Si
l’on admettait ce point, je crois qu’il faudrait penser que ce fut
à Venise, et pas ailleurs, qu'il fit son éducation. Le style et la facture de ces pièces se
rapprochent en effet assez des procédés employés à la même époque par les Vénitiens. Je signale
le fait, je l’enregistre sans avoir aucunement la prétention d’être affirmatif, la question est trop
délicate pour être tranchée sans une enquête préalable, menée parallèlement en Allemagne et à
Venise ; on me permettra toutefois d’indiquer quels monuments me portent à émettre une opinion
si hasardée.

Ces deux monuments —• deux assiettes —- se trouvent au Musée de Cassel2 ; ils ont fait
partie l’un et l’autre d'un seul et même service. Au centre, on voit deux écussons d’armoiries,
accolés, encadrés de ces lambrequins déchiquetés si fort à la mode dans l'art allemand. Plus bas,
dans un écu découpé, est dessiné en bleu un monogramme assez semblable à une marque de
libraire, une sorte de croix traversée par des branches en diagonale qui ont sans doute eu
l'intention de figurer des lettres, mais qui, pour nous, sont complètement indéchiffrables. Plus
bas encore, un cartouche contient un second monogramme composé d'un H ou de deux I réunis
sur lesquels chevauche la lettre S; la date i55e complète ces signatures énigmatiques. Des

Aiguière en faïence de Gubbio.
(Musée Correr, à Venise.)

Dessin de Charles E. Wilson.

1. Voir l’Art, i36 année, tome II, pages 175 et 192, et 140 année, tome I"', page 61.

2. Musée de Cassel, Faïences italiennes, n°s 11 et 12.
 
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