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L' art: revue hebdomadaire illustrée — 14.1888 (Teil 1)

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https://doi.org/10.11588/diglit.25872#0151

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MINIATURISTES ET ORFÈVRES DE COUR

u petit monde d’habiles gens attachés à l’Inten-
dance des Menus-Plaisirs du roi, décorateurs,
peintres de costumes, dessinateurs de pro-
jets de fêtes, aucuns ne purent, sous LouisXV
et Louis XVI, égaler comme intérêt d’art ni
surtout comme importance journalière, la piquante colo-
nie des miniaturistes de cour. Ils étaient, en effet, de
vrais portraitistes en raccourci et apportaient là, en quin-
tessence mignonne, une bonne part du prestige des Nat-
tier, des Tocqué, des Vanloo, et des autres académiciens
de Paris, premiers peintres du roi. Mais la raison princi-
pale de leur succès en cour tenait à une cause autrement
humaine et vivante. Il s’attachait aux menus travaux de
chacun d’eux de terribles questions d’amour-propre, car
les faveurs les plus ordinaires du roi se présentaient presque
toujours sous la forme de boîtes, de bracelets, de bonbon-
nières, de tabatières, et jamais ces cadeaux de main ne
s’offraient sans l’ornement obligé d’un portrait. La minia-
ture faisait ainsi corps avec toutes les ambitions, toutes les
petites vanités, toutes les inoffensives intrigues de Ver-
sailles. A force même d’avoir sa large place dans les préoc-
cupations du Château, elle était devenue, à un certain
jour, partie intégrante de la politique. L’anecdote vaut la
peine d’être citée. En 1747, le Dauphin épousait en
secondes noces Marie-Josèphede Saxe, fille d’Auguste III,
roi de Pologne, électeur de Saxe. Auguste III venait jus-
tement de déposséder de la Pologne Stanislas Leczinski,
tout en lui conservant le titre de roi, par dernière pudeur.
Il pouvait donc paraître singulier à Marie Leczinska
d’avoir à chérir à Versailles la fille du ravisseur de son
propre père, et la jeune princesse avait tout à faire, et elle
le sentait bien, s’il lui tenait à cœur d’être supportée de la
reine. Ce mariage tout diplomatique, où Louis XV avait
cherché, en sincère ami de la paix, un moyen de réconci-
liation entre les deux puissances, se célébra le 8 février.
Le troisième jour après les noces, Marie-Josèphe devait,
selon l’étiquette, avoir en bracelet le portrait du roi son
père. Malgré les protestations extérieures du premier
moment, protestations d’oublier pour toujours les démêlés
de Saxe et de Pologne, il devait en coûter à Marie
Leczinska de voir porter comme en fête dans le palais de
Versailles le portrait d’Auguste, et la loi de l’étiquette
semblait lui préparer là une mauvaise surprise. Une partie
de la journée s’était déjà passée, et personne des courtisans
n’avait encore osé fixer le bracelet redoutable, de crainte
d’en trop voir. Or, soit richesse naturelle, soit illusion
de curiosité, le bracelet avait un effet fort brillant et bien
supérieur à ceux des jours précédents. La reine fut la pre-
mière à en parler : « Voilà donc, ma fille, le portrait du
roi votre père? — Oui, maman, répondit Marie-Josèphe
en lui présentant son bras, voyez s’il est ressemblant. »
C’était la miniature de Stanislas ! Ce trait fut admiré et
senti selon son prix. Il n’en fallait pas tant à la douce Marie
Leczinska pour la décider à la tendresse.

Ainsi prise au sérieux comme force de sentiment, la
miniature mériterait peut-être d’être aimée pour elle-même,
c’est-à-dire étudiée dans les détails de sa petite histoire
spéciale, mais ici la Revue fixe au sujet un cadre tout
trouvé, le seul cadre vrai d’ailleurs. Il n’est guère permis,
en effet, pour parler miniature, de sortir cet art mignon
du seul et véritable milieu où nous le montrent les usages
et les documents. Or il nous apparaît toujours comme la

partie secondaire et presque inséparable delà haute indus-
trie du bijou. A part trois ou quatre noms d’exception, il
ne gagne rien, au reste, à être présenté hors de sa sphère.
Aussi bien y a-t-il disette quasi absolue de renseignements
et de points de repère biographiques pour la grande tota-
lité de nos miniaturistes. M. Paul Mantz (l’Artiste de
février 1858) s’est dévoué, dans une belle étude, au
débrouillement préparatoire de ces générations d’artistes
trop inconnus, mais son érudition, si savante et vive,
reconnaît elle-même, à chaque ligne, cent desiderata.
D’autres sont venus depuis, Campardon pour Massé,
Villot pour Hall : encore est-ce par le hasard d’une liasse
de papiers de famille si Villot a composé sa plaquette,
toute personnelle d’ailleurs au brillant Suédois. Il y a
donc lieu, de toutes manières, de se restreindre à l’annota-
tion sommaire des Etats de dépenses des Menus-Plaisirs,
article « Bijoux de Cour ». Un grand érudit de goût,
M. Louis Courajod, a dépouillé avant nous tous les
papiers des Menus et s’en est fait une force de plus dans
son admirable introduction de Lazare Duvaux ; après lui,
M. Germain Bapst vient de mettre à profit, pour le très
curieux Inventaire de Marie-Josèphe de Saxe, les mêmes
cartons d’archives : on ne peut donc avoir l’air de présen-
ter ici d’absolues nouveautés, car certaines parties de
documents similaires se trouvent dans ces deux livres,
soit à l’état de renvois et de sources, soit en citations éten-
dues ; mais il y a toutefois l’intérêt de l’inédit à voir réunir
plus explicitement, sous un titre délimité, les dépendances
d’une question.

Le premier compte des « Bijoux ordonnez pour la
Cour », et où les miniaturistes et les orfèvres se ren-
contrent, date de l’année 1747. Antérieurement, aucune
mention n’est faite sur les registres, et c’est tant pis pour
le nom de Massé, car presque toutes ses jolies œuvres
étaient des commandes du roi. Le mariage de la seconde
Dauphine donnait d’abord lieu à un énoncé de Taba-

tières :

Une boëte d’or enrichie d’une branche d’au-
bépine dont les feuilles émaillées en verd

et les fleurs de brillants.2,520 livres.

Une autre boëte d’or emaillée à Epie de

Bled. 1,248 —

Une autre d’or emaillée de fleurs de pensées. 1,008 —-

Une autre d’or emaillée à Epie de Bled de

Turquie. 1,5 20 —

Une autre d’or emaillée en bleü et verd . . 1,440 —

Une autre garnie d’or de lac ancien. . . . 600 —

Une autre d’or emaillée avec des Cerises . 1,720 —

(Arch. Nat. O1 2985.)

Puis venait le « parfait payement » du miniaturiste
Lebrun : « Au Sr Le Brun peintre du Roy en miniature
la somme de 2,753 livres pour tous les portraits qu’il a
fait pour Monseigneur le Dauphin, scavoir : Pour le por-
trait de Monseigneur le Dauphin, 600 livres ; — Pour
sept autres portraits de Monseigneur à raison de 3oo livres
chacun, cy... 2,100 livres; — Pour deux cercles d’or et
deux glaces, 53 livres; — y,5oo livres pour vingt-cinq
portraits qu’il a fait de Madame Adélaïde à raison de
3oo livres chacun; — 800 livres pour deux autres por-
traits dont les habillemens sont originaux; — 24 livres
pour une boette de Galuchat pour lesdits deux portraits ;
 
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