Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 9.1874

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

Chose surprenante et en vérité merveilleuse! Dans les entrailles de
la terre, dans le lit des torrents desséchés, au sein des ténèbres du règne
minéral, sont cachées des étoiles aussi brillantes que celles du firma-
ment. Les fraîches clartés de l’aurore, les rayons incandescents du soleil,
les magnificences du couchant, les couleurs de l’iris, tout cela est ren-
fermé dans un morceau de charbon pur ou au centre d’une pierre. Tout
cela résulte de la propriété mystérieuse, on peut dire effrayante, que pos-
sèdent les molécules de certains corps, d’obéir aux lois de l’attraction,
ainsi que font les astres dans les cieux, et de se réunir, comme si elles
étaient poussées par un secret instinct du beau, pour composer des
formes prismatiques, d’une régularité qui étonne, d’une symétrie souvent
parfaite.

Tous les spectacles lumineux et colorés que le monde nous offre dans
l’immensité de l’espace, la nature nous les a ménagés en petit, à l’échelle
de l’homme, dans les pierres précieuses. Le rubis contient le rouge écla-
tant des nuages du soir. Le saphir, qui varie du bleu foncé au bleu pâle,
est une concentration de l’azur. L’émeraude condense en elle le vert des
prairies et celui qu’agitent les ondes de l’Océan à certaines heures. La
topaze reproduit en miniature l’opulence de l’or que fait resplendir
le soleil couchant. L’opale présente comme une réduction de l’arc-
en-ciel adouci dans un bain de lait. L’aigue-marine qui se colore d’un
bleu perse a la teinte vitreuse des vagues de la mer. Le violet de l’amé-
thyste est celui que présente le ciel quand il est glacé de pourpre, et le
ton de l’hyacinthe est celui de l’aurore quand elle passe du safran à
l’orangé.

Ainsi, de même que l’homme est un résumé des créations antérieures,
un abrégé du monde, de même le diamant et les pierres précieuses sont
des foyers de lumière et des essences de couleur qui semblent créés tout
exprès pour orner en petit le corps humain de toutes les splendeurs qui
décorent en grand l’univers.

Mais la nature ne produit qu’à l’état brut le diamant et les pierres
précieuses. C’est à l’homme qu’il est réservé de les polir ; c’est à l’art qu’il
appartient d’y ajouter, en les taillant, une nouvelle cristallisation. Pour
en former la parure des femmes, il faut que l’homme se fasse diaman-
taire, lapidaire, joaillier, bijoutier; il faut qu’il choisisse les pierres, qu’il
les taille de manière à y faire pénétrer partout les rayons lumineux
qu’elles réfracteront, qu’il les associe aux métaux précieux, qu’il
les sertisse légèrement et solidement, qu’il en soutienne les couleurs ou
qu’il en augmente l’éclat par la monture, qu’il mette enfin de l’élé-
gance dans les contours et les reliefs de son dessin, car le bijou, gravé,
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