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Revue archéologique — 8.1863

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Bréal, Michel: Le mythe d'Oedipe
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https://doi.org/10.11588/diglit.22428#0197

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LE MYTHE D’OEDIPE

Si vivaces que soient les idées fausses, on a cessé d’attribuer aux
poètes et aux prêtres de la Grèce l’invention des fables qui composent
la-mythologie hellénique. Le progrès essentiel des études historiques
dans ce siècle a été de montrer quelle part revient aux peuples dans
les grandes œuvres nationales, telles que les épopées et les religions.
Mais il ne faut pas se contenter sur cette matière d’affirmations géné-
rales et vagues. Admettra-t-on, par exemple, que le peuple grec a créé
tout d’une pièce Y Iliade? Il sera plus vraisemblable de supposer que
Ylliade a été d’abord un chant de peu d’étendue, une simple canti-
lène, qui, prenant du corps peu à peu et s’augmentant d’épisodes, est
arrivée par degrés au développement que nous lui connaissons. Cette
explication, suggérée par ce qui s’est passé au moyen âge pour nos
chansons de gestes (1), fait mieux comprendre la formation de l’épo-
pée que de vagues assertions sur les facultés poétiques des peuples.
Il en est de môme de la religion. Croira-t-on que la mythologie
grecque, qui forme dans Homère et dans Hésiode un tout si bien
combiné, a été au premier jour telle que nous la trouvons dans ces
deux poètes? Ou, pour laisser cette question dont la réponse ne peut
être douteuse, pense-t-on qu’un seul des récits mythologiques de la
Grèce a été inventé tout d’un jet? Ces petits drames si bien ajustés
dans leur ensemble, où toutes les circonstances sont si ingénieuse-
ment assemblées et où à l’ordinaire chaque détail est à la fois spiri-
tuel et nécessaire, ont-ils pu être produits d’une haleine? Tant d’art
ne suppose-t-il pas un long travail? D’où vient d’ailleurs qu’à des
récits raisonnables et sensés se mêlent quelquefois les circonstances
les plus fantastiques et les plus folles? Comment rencontrons-nous
des monstruosités morales à côté des preuves d’un sentiment reli-
gieux à la fois pur et élevé? Par quel hasard enfin les acteurs appar-

(1) Voy. sur ce sujet un article de M. Paulin Paris dans le Correspondant (1863) :
Garin le Loherain.

VIII.— Septembre.

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